Les fonds éthiques, aussi appelés placements socialement responsables, sont de plus en plus populaires. Selon un sondage CROP réalisé en mars 2006 pour l’Actualité, 61 % des Québécois sont prêts à investir dans les fonds éthiques, même si leurs rendements sont plus faibles, pour le bien-être des générations futures. Mais est-ce possible de concilier rendement et investissement responsable ?
De quoi parle-t-on au juste ?
Faire un placement éthique consiste à transmettre nos valeurs personnelles tant sociales qu’environnementales, par le biais de nos investissements. Bien qu’ils ne soient pas très différents des fonds mutuels traditionnels, les fonds éthiques sont réservés à l’investissement dans des entreprises socialement responsables.
En outre, les gestionnaires de ces fonds exercent des pressions sur les sociétés désireuses d’en faire partie afin qu’elles améliorent leur responsabilité sociale et environnementale. Ils peuvent aussi intervenir auprès des compagnies lors des assemblées d’actionnaires. Par exemple, en 2006, à l’assemblée des actionnaires d’Alcan, une proposition appuyée par 37 % des actionnaires, visait à améliorer les conditions de son projet d’extraction de bauxite en Inde. Une négociation s’est poursuivie avec Alcan et des progrès importants ont été enregistrés au niveau des conditions sociales et des retombées environnementales du projet.
En général, les compagnies qui fabriquent des produits dommageables, comme le tabac, les armes et le nucléaire, sont exclues d’emblée des fonds éthiques. Mais Shell a tout de même été admise dans certains fonds éthiques en raison de ses investissements dans des énergies renouvelables, ce qui en ferait une entreprise plus éthique que ses concurrentes du secteur pétrolier.
L’offre de placements éthiques
Actuellement au Canada, on compte environ soixante fonds éthiques dont une trentaine seulement sont offerts au Québec, tels Acuity, Ethical Funds, Investors et Mackenzie, pour ne nommer que ceux-là. Chez les institutions financières, seuls Le Fonds Environnement Desjardins et le Fonds Desjardins Éthique Équilibré Canadien offrent ce type de placements; ceux-ci existent depuis 1990 et totalisent 115 millions de dollars d’encours sous gestion. Ils sont composés d’entreprises qui adhèrent à des normes reconnues internationalement et choisies parmi les meilleures de leur secteur au point de vue de la responsabilité sociale. Elles sont inscrites à l’indice S&P/TSX. De 35 à 50 titres composent le Fonds Environnement et sont accessibles uniquement dans les Caisses Populaires Desjardins.
Les Fonds de travailleurs de la CSN et de la FTQ sont aussi considérés comme fonds éthiques en raison de leurs critères qui favorisent la sauvegarde et la création d’emplois au Québec.
Les points faibles des fonds éthiques
Les frais de gestion des fonds éthiques ont généralement la réputation d’être plus élevés que la moyenne des fonds sur le marché. Ces frais seraient justifiés par le travail supplémentaire requis pour analyser la gestion des entreprises au plan de la responsabilité sociale et environnementale. De plus, une partie des bénéfices générés par ces fonds est investie dans la recherche et les relations avec les entreprises pour les amener à changer leurs comportements. Les fonds éthiques représentent seulement 10% de l’ensemble des actifs sous gestion au Canada; il y a donc moins d’encours et d’investisseurs pour partager les frais encourus.
Il faut aussi se méfier de certains courtiers en placements qui pourraient user abusivement du terme « éthique » dans la mise en marché de leurs fonds alors que seulement une faible proportion de titres à l’intérieur d’un fonds serait véritablement éthique. Il est donc important pour l’investisseur de bien s’informer avant d’y souscrire des placements.
Est-ce rentable d’investir dans les fonds éthiques?
À long terme, le rendement des fonds éthiques est à peu près le même que celui des fonds communs d’actions canadiennes. À court terme cependant, les fonds éthiques devancent avec un rendement annuel de 4,6% versus 4% pour la moyenne des autres fonds.
Sur la trentaine de fonds éthiques répertoriés au Québec, 50 % offrent un rendement supérieur à la moyenne de leur secteur, les autres se classant dans la moyenne. Somme toute, il est donc possible de tirer profit des fonds éthiques qui correspondent à nos valeurs.
À défaut de faire fructifier ses épargnes dans des placements responsables, on peut continuer à investir dans la Bourse traditionnelle par le biais de gestionnaires de fonds qui ont pour mandat de produire des rendements à tout prix sans se préoccuper des questions éthiques qui influencent notre vie sociale, environnementale et économique. Mais l’investissement responsable ne correspond-il pas mieux à la philosophie du développement durable ? Poser la question, c’est y répondre.