La vie en vert

En rappel

Diffusion :
Jeudi 19 h 30
Rediffusion :
jeudi vers 1 h, mercredi 15 h
Durée :
30 minutes

Du 1er avril au 2 septembre 2010


Reportage

Foyers d'agrément et chauffage d'appoint

Par Stéphane Pilon
Émission du 5 décembre 2007

Au Québec, le chauffage au bois résidentiel produit près de la moitié des particules fines qui contribuent au smog, devançant le secteur des transports et des industries. L’hiver, dans certains quartiers résidentiels où le chauffage au bois est répandu, la concentration de certains polluants est deux fois plus élevée qu’au centre-ville de Montréal. Et en matière de santé publique, c’est préoccupant : les particules fines produites par la combustion du bois qui s’infiltrent dans les voies pulmonaires ont une incidence importante sur les maladies cardio-respiratoires.

Environnement Canada recommande de réserver le recours au chauffage au bois aux situations où il y a des pannes de courant. Il est entendu que durant les journées où la qualité de l’air est problématique, le poêle à bois est à reléguer aux oubliettes. Par contre, quand la qualité de l’air est plus acceptable, on peut y avoir recours, mais il serait important d’avoir un poêle ou un foyer certifié EPA qui émet moins de particules fines.

Les avantages d’une certification EPA

Les foyers qui sont certifiés, selon la norme de l’EPA ou celle de l’Association canadienne de normalisation, ont l’avantage d’émettre moins de particules fines parce que la combustion est plus complète. Selon une étude réalisée en laboratoire par Environnement Canada, les appareils certifiés peuvent émettre jusqu’à 95 % moins de particules fines et sont jusqu’à 20 % plus efficaces pour produire de la chaleur que la moyenne des poêles conventionnels. À la maison, avec de bonnes pratiques de chauffage au bois avec les poêles certifiés, la réduction des émissions varie entre 50% et 80 %. Et de manière générale, ils consomment de 25% à 30% de moins de bois que les poêles non-certifiés.

Certains modèles sont plus efficaces et moins polluants que d’autres. Les innovations technologiques permettent d’avoir des poêles qui émettent aussi peu que 0,7 grammes de particules fines à l’heure, soit dix fois moins que la norme EPA de 7,5 grammes à l’heure. On a donc tout intérêt à se renseigner sur la performance environnementale d’un poêle à bois. À noter toutefois, le poêle certifié n’est pas une panacée et il faut tout de même en limiter l’utilisation afin d’éviter de contribuer au smog.

Les différents types de poêles

- Le foyer encastrable
Il s’agit d’un foyer qui peut être inséré dans un vieux foyer de maçonnerie peu performant sur le plan énergétique à cause de ses pertes de chaleur et qui est également très polluant. Le foyer encastrable le transformera en élément chauffant plus efficace. Doté d’une soufflerie qui distribue la chaleur, ces appareils sont moins polluants et peuvent avoir la certification EPA.

Le prix d’un tel foyer varie entre 1 500 et 4 000 dollars. Les appareils les moins coûteux sont en acier, les plus coûteux sont en fonte. Évidemment, le prix varie en fonction de la grosseur du foyer et de sa capacité à chauffer.

- Le poêle à granules
Il s’agit d’un poêle qui fonctionne avec des résidus de bois compressés qui brûlent très bien parce qu’ils sont secs. Avec l’apport d’air forcé, ce poêle-là atteint une efficacité énergétique de 85 %, c’est-à-dire qu’il exploite 85 % du potentiel énergétique du bois, soit plus que la plupart des poêles conventionnels certifiés qui ont une efficacité de 70 %. Par ailleurs, les poêles aux granules de bois ont l’avantage de fournir une combustion beaucoup mieux contrôlée, plus constante, que les poêles à bois conventionnels.

Ce type de poêle émet aussi moins de particules et de polluants qu’un poêle à bois conventionnel, certifié EPA, et il permet la récupération d’un matériau, le bran de scie, qui prendrait autrement le chemin des sites d’enfouissement. Le bémol avec le poêle à granules, c’est que sa soufflerie, et le système d’alimentation des granules qui est automatisé, fonctionnent à l’électricité : lorsqu’il y a une panne, il faut donc recourir à une source d’électricité d’appoint (génératrice ou batteries).

Le prix pour un poêle à granules se situe entre 2 000 $ et 4 500 $. Toutefois, comme les granules sont faites avec une matière recyclée, ce combustible coûte environ 15 % moins cher que les cordes de bois.

- Les foyers au gaz
Ils ont l’avantage d’être moins polluants en ce qui concerne les émissions de particules fines et les COV (composés organiques volatils) qui sont des précurseurs du smog. En contrepartie, comme ils utilisent le gaz naturel ou le propane, ils émettent des gaz à effet de serre. Sur le plan énergétique, le foyer au gaz chauffe autant que le foyer au bois conventionnel – son efficacité énergétique varie de 70 à 85 % - et il a l’avantage de produire une chaleur continue, car la combustion est constante. Ce type de poêle est aussi facile d’emploi. Il n’y a pas de bois, on peut même l’allumer avec une commande à distance comme une télé, ou avec le thermostat. En ce qui a trait au « look », il y a eu des améliorations appréciables dans la présentation de la fausse bûche et des cendres… c’est parfois à s’y méprendre !

En ce qui concerne l’installation, il faut faire affaire avec des entrepreneurs qui ont une licence afin d’aménager les conduites de gaz, le poêle, et le système d’évacuation des gaz. L’installation sera donc plus coûteuse – environ 1 000 dollars pour un foyer standard -, mais la cheminée coûtera de 350 à 400 $, ce qui est moins cher que les 1 800 dollars et plus de la cheminée d’un système au bois.

Le prix des poêles au gaz varie entre 1 500 $ à 4 000 $. Toutefois, l’économie sur le ramonage de la cheminée ainsi que sur la surprime d’assurance facturée habituellement pour le foyer à bois, contribue à réduire la facture.

- Le foyer électrique
Au Québec, à cause de l’hydro-électricité, ces appareils ne causent aucune émission directe contribuant au smog ou aux gaz à effet de serre. Cependant, l’équation écologique n’est pas la même dans chaque province du Canada où l’électricité est parfois produit dans des centrales thermiques. Si on veut un foyer uniquement pour l’agrément, c’est celui qui est le plus écologique. En contrepartie, sur le plan énergétique, c’est un foyer qui chauffera comme une plinthe électrique : il produira beaucoup moins de chaleur que le bois ou le gaz. Et en cas de panne de courant… il ne fonctionnera pas ! S’il est vrai que la flamme n’est pas très naturelle, la présentation s’est cependant améliorée ces dernières années.
Le prix des foyers électriques de qualité oscille entre 600 et 1 800 $.

Conclusion

Au Québec et au Canada, les normes de l’EPA (l’Agence américaine de protection de l’environnement) et de l’Association canadienne de normalisation qui fixent des limites aux émissions des appareils au bois, ne sont pas enchâssées dans des réglementations. On retrouve donc un peu partout des poêles non certifiés bon marché, et passablement polluants.

Il y a quelques années, la Colombie-britannique a pris les devant et a imposé une réglementation. De sont côté, Terre-Neuve exigera que les nouveaux poêles soient certifiés à compter de juillet 2008. Au Québec, le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs étudie présentement la possibilité d’adopter une telle loi, mais il n’est actuellement pas possible d’en préciser l’entrée en vigueur.

Mais même avec une réglementation sur les nouveaux appareils, les anciens foyers et poêles peu performants pourraient continuer à émettre leurs particules. D’où l’importance de faire preuve de modération et de ne pas faire de feu de bois durant les épisodes de smog. Enfin, il importe de tenir compte des avertissements d’Info-Smog, un programme qui donne une prévision quotidienne de la qualité de l’air sur l’ensemble du territoire québécois, diffusée dans les médias et sur Internet.

Invités

André Germain, chimiste, Environnement Canada
Jacques Brunelle, directeur technique, magasin L’Attisée

Vos réactions

Denise DesMarais-Prud'homme, Laurentides
J'étais bien contente que M. Germain mentionne qu'on devrait chauffer au bois qu'en cas de nécessité. Cependant, lorsqu'on précise que « de toute façon, le bois qui pourrit dans la forêt dégage du CO2 », il faut ajouter que le bois qui brûle ne dégage pas que du CO2, mais plus d'une centaine de composés chimiques et les particules fines de l'ordre de 2.5 microns, dangereux pour la santé et l'environnement.
Au fil des années, mes prises de conscience sur l'environnement m'ont fait changer certaines habitudes de vie. Même si j'aime bien les feux de foyer, je ne chauffe au bois qu'en cas de panne d'électricité. Malheureusement, mes voisins boucanent. Je subis donc cette pollution.
C'est pourquoi je me documente afin de pouvoir informer dans mon entourage par des articles aux journaux locaux ou des dépliants.