Le styromousse

Par Pascale Tremblay

Émission du 28 février 2007

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Au Canada, la part de marché des plastiques se répartit entre l'emballage (34 %), la construction (26 %) et l'industrie automobile (18 %). La production mondiale de plastiques est passée de 30 millions de tonnes en 1970 à 134 millions en 1998.

Le développement du plastique a donné naissance au polystyrène expansé communément appelé styromousse. C’est un matériau qui possède des avantages indéniables, mais qui suscite la controverse à cause d’un inconvénient majeur : dans la plupart des cas, la styromousse est jetable après un seul usage et rares sont les régions qui l’admettent dans le bac de recyclage. De fait, au Québec, la styromousse n’est pas acceptée dans la collecte sélective. Alors, comment peut-on s’en débarrasser sans nuire à l’environnement ? Y-a-t-il des produits alternatifs?

La styromousse fait partie de la famille des thermoplastiques à structure alvéolaire. Ce polymère peut être ramolli par chauffage ou durci par refroidissement. Il est facilement identifiable par sa blancheur et sa légèreté puisqu’il est constitué d’air à 98%. Il est surtout employé pour l’emballage et comme isolant thermique en construction. On l’utilise aussi dans l’industrie automobile, la pharmaceutique et dans diverses applications médicales.

La grande popularité de la styromousse tient au fait que c’est un matériau de protection mécanique et iso thermique par excellence. Les techniques de moulage permettent de l’adapter parfaitement aux demandes du marché.

Parmi les autres avantages de la styromousse il faut noter ceux-ci :

  • Elle n’est pas toxique ni cancérigène
  • Elle contient très peu de pétrole ou de gaz naturel
  • Son faible poids rend son transport économique
  • Comme boîte de transport médical, elle peut servir à plusieurs reprises
  • Sa résistance mécanique n’est pas affectée par l'humidité
  • Elle est étanche à la pluie et à la poussière
  • Elle a un très bon rapport qualité/prix
 
Paradoxalement, certains avantages de la styromousse constituent des handicaps majeurs lorsque vient le temps de le recycler. En effet, si la styromousse peut être recyclée après utilisation, elle n’a pas une très grande valeur marchande. Il faudrait d’abord la ramasser, la décontaminer et la granuler avant de lui octroyer une deuxième vie et ces procédés exigent des installations particulières et coûteuses. Par ailleurs, les recycleurs sont peu intéressés à transporter la styromousse vers leurs installations de recyclage en raison de sa légèreté et donc du faible volume qui peut se transporter.
C’est ce qui explique qu’on la recycle si peu au Canada.

En Ontario, le ministère de l’Industrie et du Commerce et les entreprises de plastique, ont investi dans le financement d’une usine de recyclage du polystyrène. La collecte sélective domestique, institutionnelle et commerciale, assure l’approvisionnement régulier de l’usine qui fabrique des granules de polystyrène et les achemine ensuite aux usines de transformation. Depuis 1991, cette usine a recyclé près de 50 000 tonnes métriques de polystyrène.

L'Institut des plastiques et de l'environnement du Canada (IPEC) affirme que le plastique est moins problématique que plusieurs autres matériaux d'emballage. Il souligne que la production totale de plastique requiert moins de 3% des réserves mondiales de pétrole et ajoute que le remplacement des emballages de plastique par d'autres matériaux serait fort désastreux étant donné que le volume des résidus d'emballage, leur poids et leur consommation d'énergie augmenteraient de 200 à 400 %.

En nous basant sur ce qui précède, nous pouvons affirmer que la styromousse est un matériau avantageux à bien des égards. Mais, comme il met des centaines d’années à se dégrader, il contribue à l’augmentation des résidus qui encombreront les sites d’enfouissement pour des générations à venir. Selon une étude réalisée en 2000, le plastique constitue 7,3% des matières résiduelles au Québec; il arrive 3e après le papier (23%) et les matières putrescibles (40,8%).

La styromousse prend beaucoup de place mais elle est peu susceptible d'affecter l’environnement. Lorsqu’elle est brûlée sous conditions contrôlées industriellement, la styromousse n’émet pas de produits toxiques car c’est un produit totalement inerte et ses grandes capacités calorifiques permettent de récupérer de l’énergie.

Sur les 224 000 tonnes de matières résiduelles générées par les plastiques au Québec, 83 % (186 000 tonnes), proviennent de l'emballage. De ce volume impressionnant, 119 000 tonnes pourraient être récupérées et recyclées par des méthodes conventionnelles si on leur trouvait des marchés. Les autres résidus, (67 000 tonnes), sont composés en grande partie de pellicules contaminées par des restes alimentaires ou utilisés comme récipients à ordures.

La gestion écologique de la styromousse s’articule autour des 3R : réduction à la source, récupération et recyclage. Parmi les alternatives connues, mentionnons celles-ci : la vaisselle en styromousse pourrait être remplacée dans les cafétérias et la restauration rapide par la vaisselle lavable ou la vaisselle en aluminium lavable et réutilisable plusieurs fois avant d’être récupérée et envoyée dans des usines de transformation. On peut aussi opter pour une vaisselle biodégradable qui peut aller au compostage. Présentement, on utilise une résine vierge pour fabriquer les isolants en styromousse. Pour réduire l’enfouissement, on pourrait utiliser de la styromousse recyclée. Cependant, la solution idéale demeure la création d’une usine de traitement du polystyrène qui recevrait son approvisionnement de la collecte sélective.

Pierre G. Lafleur, professeur de génie chimique à l'école polytechnique de Montréal

Mario Laquerre, Recyc-Québec

Robert Litzler, Président de l'Association québécoise pour la promotion de l’éducation relative à l’environnement

Institut des plastiques et de l’Environnement du Canada
http://www.cpia.ca/files/files/files_FTEmballPlast.pdf

Association canadienne de l’industrie des plastiques
www.plastics.ca
 
Recyc-Québec, fiche d’information sur les plastiques
http://www.recyc-quebec.gouv.qc.ca/upload/Publications/zzFiche847.pdf

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