Les papiers domestiques jetables

Par Ève Beaudin

Émission du 14 mars 2007

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Il ne se passe pas un jour sans que nous ayons recours aux papiers jetables. Papier hygiénique, papier mouchoir, essuie-tout et serviettes de table composent notre quotidien. En Amérique du Nord, chaque foyer utilise environ vingt-deux kilos de papier jetable par année, dont une centaine de rouleaux de papier de toilette qui, une fois déroulés, s'étendraient sur cinq kilomètres !

La production québécoise de papiers et cartons réunis avoisine les dix millions de tonnes par année dont quatre cent mille tonnes (3,5%) sont destinées aux papiers jetables. Cependant, ces derniers ont la vie courte; ils ne reviennent jamais dans le cycle du recyclage puisqu’on les jette après une seule utilisation.

D’où viennent tous ces papiers et de quoi sont-ils faits ?

Les matières premières qui entrent dans la composition des pâtes à papier sont des fibres vierges issues des résidus de coupes de bois d’œuvre (copeaux, bran de scie, écorces). Les papiers domestiques les plus écologiques sont issus de fibres recyclées provenant de la collecte sélective des papiers de bureau et des magazines du Canada et des États-Unis. Les fibres de papier journal et les autres papiers ne sont pas utilisés dans la fabrication des papiers jetables mais on les utilise dans d’autres papiers recyclés, comme le papier journal.

Les diverses étapes de production du papier recyclé sont d’abord le tri du papier afin de le débarrasser des contaminants, suivi d’un cycle de trempage au bassin de désencrage. Aucun chlore n’est utilisé pour blanchir ces fibres. Un procédé chimique confère au papier la texture désirée avant la mise en ballot. Fabriquer du papier recyclé requiert de 50 à 75 % moins d’énergie électrique et thermique que la production à partir de fibres vierges.

Selon Greenpeace, la déforestation à l’échelle planétaire progresse à un rythme effarant, soit l'équivalent d'un terrain de soccer toutes les deux secondes. La production mondiale de papier hygiénique augmente de 4 % par an à elle seule. En conséquence, de plus en plus d'arbres de forêts naturelles et de plantations finissent inutilement dans nos poubelles et dans nos égouts.

Si, dans chaque foyer canadien, on remplaçait un seul rouleau de papier hygiénique composé de fibres vierges par un papier de fibres recyclées, on sauverait 47 000 arbres tout en économisant plus de 3000 m³ de résidus dans les sites d'enfouissement.
Actuellement au Canada, aucune réglementation n’impose aux papetières d’utiliser un certain pourcentage de fibres recyclées dans la fabrication de leurs papiers jetables.
Elles ne sont donc pas tenues d’afficher ce pourcentage sur leurs emballages.

Les papiers recyclés sont-ils aussi doux, absorbants et propres que les papiers composés de fibres vierges ?

Les consommateurs sont souvent réfractaires à l’idée d’acheter du papier recyclé qu’ils croient à tort moins propre, plus rugueux et moins blanc. Ils pensent qu’ils devraient payer moins cher pour de tels papiers. Cependant, un sondage de Léger Marketing réalisé en avril 2006, révèle que 86 % des Canadiens accepteraient de modifier leurs habitudes d’achat, quitte à débourser davantage pour du papier recyclé, s'ils étaient convaincus que ce geste contribue à préserver nos forêts.

Greenpeace a publié un guide des papiers jetables dont la classification est basée sur le procédé de fabrication, la provenance des fibres utilisées et l’usage du chlore.
Pour qu'une papetière fasse partie de la liste verte, ses papiers doivent être composés à 80% de fibres recyclées, non blanchies au chlore, et les fibres vierges utilisées doivent répondre aux normes du Forest Stewardship Council (FSC) assurant que les forêts sont gérées selon des principes de développement durable. C'est le cas de Cascades notamment qui utilise 97% de fibres recyclées. Outre cette dernière, Metro/Briska (Sélection Mérite et Éconochoix), Super C, Earth Friendly Products et Seventh Generation se retrouvent aussi dans les verts.

Quand à la liste rouge, elle regroupe les papiers fabriqués avec des fibres provenant de forêts anciennes ou menacées, ou avec des fibres blanchies au chlore. Ces compagnies ont refusé de s'engager à aller plus loin. On retrouve dans cette classe les marques les plus connues dont Kimberley-Clark (Kleenex), les Papiers Scott (Cottonelle, White Swan, Scott Towels), et Procter and Gamble (Charmin).

Étonnamment, la compagnie Kruger, qui fabrique les Papiers Scott, figure sur la liste rouge tout simplement parce qu’elle ne mentionne pas sur ses emballages le pourcentage de fibres recyclées qui entre dans ses produits. C’est une stratégie marketing qui s’appuie sur le préjugé des consommateurs face au papier recyclé pour leurs besoins hygiéniques personnels. Éventuellement, la compagnie Kruger pourra être reclassée dans la liste verte quand elle aura fait son « coming out » écologique.
 
Au fond, le meilleur moyen pour protéger nos forêts et notre environnement serait de remplacer les papiers jetables par des tissus lavables ou recyclables comme les serviettes de table, les chiffons et les mouchoirs. Quant au papier hygiénique, on ne saurait s’en passer, mais si nous portons attention à la publicité de certaines papetières, nous pourrons choisir celui qui a une bonne cote écologique. La certification FSC et le guide d’achat des papiers recyclés de Greenpeace sont d’excellents indicateurs pour que les feuilles restent dans l’arbre.

Mélissa Filion, responsable de la campagne forêt boréale, Greenpeace
Donald Cayouette, vice-président de direction, Kruger inc

Le Guide d'achat sur les papiers recyclés
http://papiers.greenpeace.ca/

Aline Hinse
Québec

Je recherche toujours les papiers essuie-tout et les papiers hygiéniques de marque Cascades parce qu'ils sont faits en majorité de fibres recyclées, blanchies sans l'utilisation de chlore. Le Groupe Cascades fabriquent maintenant des essuie-tout multi-formats (format détachable en demi-feuille), ce que j'apprécie beaucoup car on peut en utiliser moins.

Sujet : Consommer mieux   Polluer moins   Réduire / Recycler / Réutiliser  

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