Cosmétiques Biologiques

Par Ariane Paré-Le Gal

Émission du 19 mars 2008

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Parabènes, éther de glycol cocamide : voilà quelques-uns des ingrédients qu’on retrouve dans les cosmétiques conventionnels. Présentent-ils vraiment des risques pour la santé? Les recherches sur la toxicité des cosmétiques se contredisent, mais dans le doute, plusieurs préfèrent s’abstenir d’en consommer et se retournent vers des produits alternatifs. Comment s’y retrouver parmi les différentes appellations, quelle est la différence entre un cosmétique naturel, biologique, ou équitable?

Les shampooings, les produits pour les cheveux, les parfums, les produits pour le bain et pour le corps, et les déodorants sont considérés comme des cosmétiques. Depuis novembre 2006, les ingrédients doivent figurer sur tous les cosmétiques suivant le nom qui leur est attribué dans la nomenclature INCI (International Nomenclature of Cosmetic Ingredients). Cette nomenclature est d’usage obligatoire notamment aux États-Unis et dans l’Union européenne et permet de standardiser la liste des ingrédients. Les premiers ingrédients (4 à 8 premiers nommés) forment la base du produit. On trouve ensuite les agents actifs et les agents de conservation. Les ingrédients qui comptent pour moins de 1% du produit peuvent être nommés dans le désordre.

Selon Nathalie Fleurant, copropriétaire de la boutique Planète monde qui vend des cosmétiques équitables, il s’agit du principal outil pour guider le consommateur dans ses achats. « La liste INCI des ingrédients oblige le fabricant à une certaine transparence et permet au consommateur d’éviter d’acheter des produits qui contiennent des ingrédients potentiellement nocifs comme le parabène ou le polyéthylène glycol par exemple. »

Encore faut-il savoir à quoi se rapportent les termes utilisés dans la liste des ingrédients. « Certains termes très complexes font référence à des ingrédients naturels alors que d’autres termes simples identifient des ingrédients très controversés sur le plan de la santé et de l’environnement. Au même titre que nous avons appris à décoder la liste des ingrédients dans le domaine alimentaire, c’est notre devoir de consommateur de s’informer sur le contenu des cosmétiques que l’on achète. », souligne Nathalie Fleurant.

Dans le domaine du cosmétique alternatif, les consommateurs peuvent aussi compter sur les certifications pour s’assurer que ce qu’avance un fabricant est vrai.

Les cosmétiques équitables

La boutique Planète Monde dont Nathalie Fleurant est la copropriétaire est la première boutique spécialisée dans la vente de produits cosmétiques équitables. « Nous souhaitions faire la promotion de cosmétiques pour lesquels les travailleurs ont été justement payés. Nous soutenons ainsi de petits producteurs des pays du sud pour qui une entreprise comme la nôtre peut faire la différence entre survivre et bien gagner sa vie. L’appellation équitable va souvent de paire avec l’appellation biologique. Un produit équitable est généralement fait dans un souci de l’environnement mais l’inverse n’est pas toujours vrai. Les cosmétiques biologiques ne remplissent généralement pas les normes du commerce équitable. »

Dans le domaine des cosmétiques équitables, les principaux certificateurs sont :
Transfair, IFAT, Max Havellar et Fair trade Federation.

Les cosmétiques biologiques

Alain Renaud, propriétaire de la compagnie de cosmétiques Druide, affirme qu’il est presque impossible de démontrer l’innocuité des cosmétiques. « Dans le domaine des cosmétiques, il y a toujours une nouvelle étude pour contredire la précédente. Si on ne sait pas de façon certaine qu’un produit est sécuritaire, pourquoi prendre la chance? Dans le doute, je préfère m’abstenir et opter pour un cosmétique biologique. »

Les produits Druide sont les seuls cosmétiques à être certifiés par Écocert au Québec, un organisme de certification basé en France qui a aussi une filière canadienne. Selon Alain Renaud, il s’agit de la certification la plus complète puisqu’elle ne certifie pas seulement les ingrédients, mais aussi le produit dans son entièreté.

Pour qu’un cosmétique soit certifié « Ecocert », il doit contenir 95% et plus d’ingrédients d’origine naturelle et 10% d’ingrédients biologiques. Seuls quelques ingrédients de synthèse sont permis. « Ecocert » demande aussi à ce que la compagnie installe un système de gestion des déchets et un plan de gestion de l’énergie.

L’attestation « Québec vrai » de son côté exige d’un produit qu’il contienne le plus possible d’ingrédients naturels et un maximum d’ingrédients biologiques. Un cosmétique peut donc contenir une très faible proportion d’ingrédients naturels ou biologiques, ainsi que des ingrédients de synthèse et obtenir l’attestation « Québec vrai ». Cependant, l’organisme évalue tout de même l’ensemble de la recette : seuls certains ingrédients de synthèse sont autorisés et aucun ingrédient superflu n’est permis.

Parmi les cosmétiques certifiés « Québec vrai » : Zorah biocosmétiques, L’armoire aux herbes, Soins corporels l’herbier et Calendula etc.

On retrouve aussi sur le marché québécois des cosmétiques européens certifiés biologiques. Cosmébio, Soil association, AIAB sont quelques-unes de ces certifications. BDIH certifie l’origine naturelle des ingrédients.

Les ingrédients naturels

Les ingrédients naturels qui entrent dans la composition d’un cosmétique ne sont pas certifiés ni garantis, c’est-à-dire qu’on ne sait pas dans quelles conditions ils ont été cueillis. De plus, l’appellation « naturel » n’est pas vraiment contrôlée. Un cosmétique qui s’affiche comme étant naturel peut contenir des ingrédients de synthèse ou une proportion variable d’ingrédients d’origine naturelle.

Les pièges

Cosmétique biologique vs ingrédient biologique
Il est très important de faire la différence entre un cosmétique biologique et un cosmétique qui contient des ingrédients biologiques. On retrouve en effet sur le marché beaucoup de cosmétiques qui contiennent un ou plusieurs ingrédients biologiques (souvent en très petite quantité), mais qui contiennent aussi toute une variété d’ingrédients de synthèse potentiellement nocifs. Il faut donc toujours s’en remettre à la liste des ingrédients pour vérifier quels ingrédients sont biologiques (ils sont généralement suivi d’un astérisque) et dans quelle proportion on les retrouve (sont-il mentionnés en début ou en fin de liste?).

Les fausses appellations

 
Un produit ne peut s’afficher comme étant biologique, ou affirmer contenir des ingrédients biologiques, que s’il en fournit la preuve. On doit pouvoir retrouver sur l’étiquette la mention certifié par, suivi du nom d’un certificateur reconnu par le Conseil des appellations agroalimentaires du Québec (CAAQ). La vie en vert s’est procuré quelques produits qui affichaient des mentions comme « thérapie organique », ou «72% biologique », et qui ne fournissaient aucune preuve de certification biologique.

Le cosmétique idéal

Nathalie Fleurant prône une certaine souplesse lorsque vient le temps d’acheter un produit cosmétique biologique ou équitable. « Pour des raisons économiques ou géographiques un producteur ne peut pas toujours obtenir une certification. Nous vendons chez Planète monde des savons faits à la main par les membres d’une coopérative en Afghanistan. Évidemment il n’y a pas encore de certificateur dans ce pays, ce qui n’enlève rien au fait que les travailleurs reçoivent un juste prix pour le travail qu’ils font. »

La liste des ingrédients et la certification sont des outils indispensables pour permettre au consommateur de faire un choix éclairé en matière de cosmétique alternative, mais acheter dans les petites boutiques spécialisées où l’on peut parler à des spécialistes est aussi une excellent façon d’acheter en connaissance de cause.

Doit-on acheter biologique, équitable ou naturel?

Il faut d’abord éviter les ingrédients de synthèse et acheter des cosmétiques qui contiennent un maximum d’ingrédients naturels. Pour acheter un cosmétique moins nocif pour la santé et l’environnement, opter pour des produits certifiés biologiques et lire la liste des ingrédients pour savoir dans quelles proportions on retrouve les ingrédients certifiés. Pour appuyer les producteurs du Sud, opter pour des cosmétiques certifiés équitables. Et pour ceux qui tiennent à la cause sociale et environnementale il y a entre autres les cosmétiques Themis qui sont certifiés biologiques et équitables.

La beauté biologique ou équitable a-t-elle un prix?

Les cosmétiques biologiques ou équitables sont certainement plus chers que les cosmétiques conventionnels bas de gamme qu’on achète sur les rayons en pharmacie, mais ils demeurent généralement moins chers que les cosmétiques haut de gamme. De plus, un cosmétique de qualité s’utilise en plus petite quantité qu’un cosmétique bas de gamme; il ne faut donc pas se laisser décourager par le format des contenants.
 
Références intéressantes sur la nocivité des cosmétiques conventionnels, lexique des ingrédients et leur impact sur la santé et l’environnement :

STIENS, Rita, La vérité sur les cosmétiques, Leduc.s, 2005

STIENS, Rita, La vérité sur les cosmétiques naturels, Leduc.s, 2006

Natalie Fleurant, copropriétaire, Planète Monde
Alain Renaud, fondateur Druide

Marie-Ève Murray, Gaspé
À la suite de votre reportage sur les cosmétiques biologiques, je me suis renseignée sur les produits (shampooing et lotion) pour enfants que j'achète couramment pour ma fille âgée de presque deux ans. Je suis encore sous le choc, assez que je me demande si je ne devrais pas mettre toutes les bouteilles et petits pots de crème dans un sac et attendre la collecte des produits dangereux! Bientôt, je serai maman d'un petit garçon et j'ai envie de lui offrir des produits sans danger pour sa santé et l'environnement.
Merci de nous informer!

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