Les jardiniers rebelles

Par Ariane Paré-Le Gal

Émission du 1er octobre 2008

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En milieu urbain, les terrains abandonnés et les espaces publics négligés sont chose commune. Armés de leurs pelles et de leurs pioches, des jardiniers rebelles prennent d’assaut des terrains vagues et des espaces de terre perdus, pour y planter des bulbes et semer des graines. Le but de ces « terroristes verts » : combattre la grisaille urbaine et le béton avec des plantes. Le mouvement de guerrilla gardening est né en Angleterre et compte aujourd’hui plus de 3 000 membres à travers le monde. Seuls ou en groupes organisés, les jardiniers rebelles agissent généralement à la faveur de la nuit, laissant derrière eux des espaces verdis et fleuris.

Les intervenants

Le chef d’escouade : Luc Forest, jardinier de métier et jardinier rebelle depuis quelques années

Les jardiniers rebelles : Geneviève Hamel, Olivier Durand, Marie-Hélène Ouimet, Marc-Hugo Smith, Sarah-Emmanuelle Duchesne, Steeve Thériault, Marianne Guillemette, Mathieu Roy, Mathieu Demers et Dominique Lacroix

La mission

La vie en vert a demandé à un groupe de jardiniers rebelles de remplir la mission : jardinage illicite. Sous la supervision de Luc Forest, jardinier de métier et jardinier rebelle à ses heures, 10 volontaires devront verdir un espace abandonné au coin des rues Ontario et Saint-André, dans le centre-ville de Montréal.

La préparation

Les jardiniers rebelles réunis par La vie en vert se sont rencontrés une première fois sur le site à verdir pour évaluer leurs besoins. La décision a été prise de former deux plates-bandes de part et d’autre du terrain, en bordure de trottoir pour que l’embellissement profite aux passants et aux résidents du quartier.

48 heures plus tard, les jardiniers rebelles et leur chef d’escouade, Luc Forest étaient de retour, leurs outils en main et des dizaines de plantes dans leurs sacs à dos.

« Nous avons pris des plantes dans notre jardin, nous avons aussi sollicité la contribution d’amis et de collègue de travail, et un centre de jardin nous a fourni plus de 80 sacs de terre noire et de compost, ce qui fait que nous n’avons pas eu à débourser un sous pour faire nos plates-bandes», affirme Geneviève Hamel, jardinière rebelle.

L’espace étant entièrement recouvert d’asphalte, les jardiniers ont eu besoin de beaucoup de terre pour créer un sol propice pour les plantes. Luc Forest, jardinier rebelle d’expérience, ne croit pas que cela soit problématique. « Il y a 6 ans, j’ai commencé une immense plate-bande directement sur l’asphalte. J’ai mis un peu de terre au début, puis au fil des ans, les débris se sont décomposés et ont enrichi le sol. Aujourd’hui, ma plate-bande est en pleine santé, tant et si bien que les plantes se multiplient et que je peux en donner chaque année. C’est une véritable pépinière ! D’ailleurs plusieurs plantes que j’ai apportées viennent de ma plate-bande illicite.»

Les résultats

Tous les jardiniers rebelles ont mis la main à la pâte : les sacs de terre ont été vidés et les plates-bandes formées. Les plantes matures, les couvre-sol et les graines ont été dispersés de façon à créer un effet visuel frappant. « C’est important de ne pas semer que des graines, mais d’attirer l’attention avec quelques plantes matures. Ainsi on évite que les gens piétinent la plate-bande. Il faut que les voisins et les passants remarquent le travail au premier coup d’œil, c’est comme ça qu’on peut s’assurer qu’ils entretiendront la plate-bande. », rappelle Luc Forest.

Si les jardiniers rebelles ont travaillé fort tout au long de la nuit pour verdir le terrain, l’avenir de la plate-bande repose désormais entre les mains des gens du quartier. « Nous avons fait beaucoup de voyages à la station d’essence pour remplir nos arrosoirs et s’assurer que les plantes auront suffisamment d’eau pour survivre au choc de la transplantation, mais il faudra que les voisins s’impliquent et arrosent la plate-bande par temps très sec. On n’est jamais à l’abri du vol ou du vandalisme. C’est pour ça qu’on a cloué deux pancartes expliquant que notre jardin bénévole a besoin d’eau de temps en temps et d’un peu d’attention », souligne Mathieu Demers, un autre jardinier de notre mission.

Nos jardiniers rebelles n’ont pas été importunés pendant leurs activités illicites « Le fait que le geste soit illégal rend l’aventure plus excitante, mais en même temps, on sait très bien qu’on ne fait rien de bien grave », sourit Sarah-Emmanuelle Duchesne, qui vivait l’expérience pour la première fois. « J’ai surtout l’impression de faire un petit geste citoyen, de faire quelque chose de très concret pour améliorer l’aspect de ma ville, c’est très gratifiant. »

La mission jardinage illicite a été un succès ! En quelques heures, l’escouade de jardiniers rebelles formée par La vie en vert a réussi à créer deux plates-bandes de plusieurs mètres où poussent désormais des ancolies des iris et du lamier.

Faites-nous part de vos expériences de jardinage illicite et si vous passez sur la rue Ontario près de Saint-André à Montréal, n’hésitez pas à arroser les plantes!

Informations complémentaires

Richard Reynolds, fondateur du mouvement de guerrilla gardening, a publié un livre sur son expérience de jardinier illicite ainsi que sur les projets de plusieurs des membres à travers le monde.
REYNOLDS, Richard, On guerrilla gardening, Bloomsbury, 2008, 255p

Sujet : Jardiner   Préserver la nature   Tendances et enjeux  

Liens utiles

Le blog du jardinage illicite (Guerilla gardening)

http://www.guerillagardening.org

Les jardins de la liberté, jardinage autonome à Montréal

http://www.lapointelibertaire.org/jardindelaliberte

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