Le taxibus

Par François-Nicolas Pelletier

Émission du 1er octobre 2008

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Plusieurs petites villes ont de la difficulté à maintenir un service de transport en commun efficace et qui ne coûte pas les yeux de la tête. La formule la plus commune était auparavant de subventionner une entreprise privée qui assurait un service d’autobus. Mais bien souvent, ni les clients, ni la municipalité, ni l’entreprise elle-même n’y trouvaient leur compte.

C’était le cas à Victoriaville où, pendant les années 1990, la compagnie d’autobus n’était plus rentable et offrait un service de plus en plus réduit qui se limitait à couvrir les grandes artères quelques heures par jour. La compagnie a fermé et la municipalité a décidé, en 2000, de suivre l’exemple de Rimouski. La solution? Une formule hybride entre le taxi et l’autobus qu’on appelle le « TaxiBus ». Hors des grandes villes, point de salut pour le transport collectif ? La preuve est faite que non ! Parce que le TaxiBus, ça fonctionne, et le modèle est de plus en plus répandu au Québec.

Transport hybride

Dans « taxibus » il y « taxi » et il y a « bus ». Le « taxi » vient du fait que ce sont des voitures de taxis qui assurent le transport des personnes et qu’il faut « commander » son déplacement. À Victoriaville, c’est l’unique compagnie de taxis, Taxi Vétéran Victoriaville, qui offre ce service.

Le « bus » vient du fait que, lors d’un déplacement, chaque voiture peut conduire plusieurs personnes à la fois et que les clients doivent monter et descendre à des heures et à des arrêts prédéterminés.

Voici comment ça fonctionne, étape par étape :

• Tous les clients doivent d’abord devenir membres (au coût de 5$ par année) avant de pouvoir utiliser le service.
• Il y a plus de 600 arrêts ou « poteaux » disposés sur le territoire de la ville (ce sont des panneaux qui ressemblent à des arrêts d’autobus).
• Le client qui désire se déplacer appelle le service TaxiBus. Il indique alors son arrêt d’origine et son arrêt d’arrivée.
• Contrairement à un service de taxi, le client ne peut aller de porte à porte, il doit se déplacer aux arrêts.
• Contrairement à un système d’autobus, les TaxiBus n’ont pas de trajets prédéterminés, on peut prendre n’importe quel arrêt de départ et aller à n’importe quel autre arrêt dans la ville.
• Le client doit aussi indiquer son heure de départ. Là aussi, contrairement à un service de taxi régulier, le client ne peut pas partir à n’importe quelle heure. Il y a un horaire à respecter. Le client doit appeler au moins une heure à l’avance.
• Le client peut aussi donner son horaire plusieurs mois d’avance – il n’a donc pas à appeler tous les jours.
• Les départs sont fréquents : toutes les 30 minutes aux heures de pointes, et aux heures le reste du temps (il n’y a pas de service le dimanche).
• Une fois dans la voiture, la plupart du temps, il y a d’autres personnes. Aux heures de pointe, les voitures sont presque toujours pleines (4 passagers).
• Chacun peut monter et descendre à des endroits différents. C’est la responsabilité du centre de répartition de préparer les trajets les plus cohérents possibles.

Le coût

Rendu à destination, il faut payer ! Le coût est de :

• 3,50$ par trajet, peu importe la distance parcourue; ou
• 80$ pour une passe mensuelle qui donne droit à un nombre illimité de déplacements.

Pendant le trajet, le chauffeur laisse rouler son taximètre comme dans un voyage régulier. Chaque fois que le montant payé par les passagers est inférieur au montant affiché sur son compteur, la ville compense le chauffeur de taxi. La ville finance le service à partir de ses propres fonds et d’une subvention du ministère des Transports du Québec.

À noter aussi que le taxi régulier fonctionne toujours à Victoriaville : il est toujours possible de se déplacer de porte à porte à n’importe quelle heure du jour. À ce moment-là, par contre, il faut payer le plein prix du taxi, et non pas le tarif subventionné de 3,50$.

Les avantages

Très flexible :

• avec plus de 600 arrêts, toute la ville est couverte et les résidents ne sont jamais loin d’un arrêt. C’est un grand avantage par rapport à l’autobus : les clients ne sont pas limités aux grandes artères;
• les départs sont fréquents.

Peu coûteux :

• moins cher qu’un trajet de taxi régulier;
• moins cher que de posséder une voiture;
• bon pour les étudiants qui ne peuvent pas se payer une voiture.
• permet à plusieurs personnes de ne pas avoir d’auto, ou de ne pas avoir de seconde voiture.

Convivial :

• permet de créer des liens avec des voisins ou des collègues avec qui on discute pendant le trajet.

Pratique :

• évite la corvée du déneigement de la voiture en hiver !

Sécuritaire :

• excellent pour les personnes âgées : service plus personnalisé et plus sécuritaire qu’un autobus – donne beaucoup de liberté.

Gain environnemental :

• réduction des GES : par exemple, une personne qui se rend seule au travail en voiture (disons, 10 Km par jour au total pou l’aller-retour – un chiffre conservateur), avec une voiture qui consomme 10 litres au 100 Km, émet 576 Kg de CO2 par année – plus d’une demi-tonne !

Gain économique :

• excellent aussi du point de vue des chauffeurs de taxis : le TaxiBus a généré un volume important qui leur a même permis d’augmenter les nombre de permis et dans certains cas, d’acheter des voitures hybrides!

Les inconvénients

• il n’y a pas de service le dimanche.
• les clients ne peuvent pas transporter beaucoup de bagages : ils doivent pouvoir le transporter sur eux – impossible de faire une grosse épicerie ou son magasinage de Noël!
• service réservé aux citoyens de la ville, un touriste ne peut pas l’utiliser.

Est-ce que c’est bon pour tout le monde ?

Selon le ministère des Transports du Québec (MTQ), c’est une formule idéale pour les municipalités de
25 000 à 40 000 personnes, mais ça peut très bien fonctionner aussi dans des villes plus grandes ou plus petites.

Présentement, le taxibus est le mode exclusif de transport en commun dans les villes suivantes :

1. Rimouski (la première au Québec);
2. Victoriaville;
3. Sept-Îles;
4. Val-d’Or;
5. Salaberry-de-Valleyfield;
6. Thetford Mines (implantation automne 2008).

Dans plusieurs autres villes ou régions, le taxibus est utilisé comme service complémentaire à un service d’autobus (par exemple dans les quartiers moins denses ou les nouveaux développements) :

1. Chambly-Richelieu-Carignan;
2. Laurentides;
3. Lanaudière;
4. Le Richelain (Candiac, La Prairie, St-Philippe);
5. Sorel-Varennes;
6. Ste-Julie;
7. St-Jean-sur-Richelieu ;
8. Sud-Ouest (Beauharnois, Châteauguay, Kanhawake, Léry, Salaberry-de-Valleyfield);
9. Shawinigan.

Le MTQ offre son expertise et des subventions pour tous les services de transport collectif, y compris les services de taxibus (la subvention représente environ 40% du tarif payé par l’usager). Les petites villes et les villages ne sont pas en reste : le MTQ appuie aussi les municipalités régionales de comtés (MRC) pour la mise sur pied de systèmes de transport en commun régionaux.

Intervenants

Roger Richard : maire de Victoriaville.

Marcel Filion : chauffeur de taxi et président du bureau de répartition de TaxiBus.

Les clients du TaxiBus de Victoriaville

Sujet : Économiser l’énergie   Polluer moins   Se déplacer / voyager  

Liens utiles

Site du service de TaxiBus de Victoriaville

http://www.ville.victoriaville.qc.ca/content/fr-CA/s2f_taxibus.aspx

Présentation du modèle de service de taxibus à Rimouski par Transports Canada

http://www.tc.gc.ca/programmes/Environnement/pdtu/taxibusfrancais.htm

Politique québécoise du transport collectif

http://www.mtq.gouv.qc.ca/portal/page/portal/entreprises/transport_collectif/politique_quebecoise_transport_collectif

Coordonnées des directions régionales du ministère des Transports du Québec (pour des informations sur les transports en commun dans chaque région)

http://www.mtq.gouv.qc.ca/portal/page/portal/accueil/courrier

Calculateurs d’émissions de gaz à effet de serre répertoriés par Environnement Canada

http://www.on.ec.gc.ca/community/ecoaction/greenhousecalcs-f.html

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