À chacun son composteur

Par François-Nicolas Pelletier

Émission du 22 octobre 2008

Réagissez sur notre page facebook

Le Québec est parmi les plus gros producteurs de déchets au monde : nous générons en moyenne 466 kg de détritus par personne par année. C’est bien plus que la Colombie-Britannique (329 kg), l’Ontario (363 kg) ou l’Alberta (372 kg). Près de 40 % de ces résidus sont des matières organiques qui se retrouvent dans les sites d’enfouissement, non sans causer des problèmes environnementaux.

1) Ils contaminent les sols et les eaux souterraines à proximité des dépotoirs parce qu’ils produisent du lixiviat, un jus de décomposition toxique.

2) Leur décomposition génère du méthane, un gaz à effet de serre très puissant (21 fois plus que le CO2).

Compostez !

Pourtant, ces matières peuvent être compostées. Lorsqu’elles le sont, non seulement elles ne polluent plus, mais en plus, on en tire du compost qui est utile en horticulture et en agriculture. Malheureusement, la cueillette sélective des matières organiques n’est pas encore la norme dans les villes du Québec, même si certaines municipalités ont commencé à l’implanter (notamment à Québec, Sherbrooke, Lapocatière, Sorel et à dans certaines résidences à Laval).

Il existe bien sûr quelques initiatives privées comme celles de Stephen McLeod (Compost Montréal), qui récolte les résidus organiques d’une centaine de clients à Montréal en échange d’un frais modique (20$ par mois) et qui va les porter lui-même dans un centre de compostage municipal. Ce sont des contributions réelles, mais modestes par rapport à l’ampleur du problème.

Avant de commencer à composter

En attendant, composter individuellement est un des meilleurs gestes écologiques qu’on peut poser ! Mais encore faut-il disposer de l’espace et du temps nécessaires pour fabriquer un véritable compost (par opposition à créer une deuxième poubelle!).

Pour vous guider dans vos choix, nous avons décidé de présenter différents types de composteurs valables pour différents profils familiaux.

Mais avant d’acheter un composteur, il faut se réfléchir et se renseigner ! Voici les éléments à prendre en considération :

• De quel espace je dispose ?
• Combien de temps ai-je à consacrer à l’entretien du composteur ?
• Quel est mon budget ?
• Est-ce qu’il y a des règlements municipaux qui régissent l’utilisation des composteurs ? (Par exemple, certaines municipalités peuvent réglementer la taille des composteurs.)
• Est-ce que ma ville subventionne l’achat de composteurs ? Si oui, lesquels ? Plusieurs municipalités le font, mais tous les modèles ne sont pas nécessairement subventionnés.
• Est-ce que ma ville ou un organisme de ma région offre une formation sur le compostage ? C’est une bonne façon d’éviter les erreurs lors de l’achat ou au moment de l’utilisation.

Pour plus d’informations sur les techniques de compostage, consultez votre municipalité ou votre arrondissement, des organismes spécialisés ou une bonne documentation (voir la liste des liens à la fin).

Choisir son composteur

1. Le composteur au sol

Il peut être en plastique ou en bois. Quelques marques connues : Soilsaver, Home composter, Machine à terre, Garden Gourmet, Verticille « jardin », etc.

Un composteur au sol est une boîte en plastique ou en bois, sans fond mais munie d’un couvercle. La plupart sont carrés ou ronds. Les dimensions peuvent varier, mais en général, les composteurs au sol ont entre 56 cm et 84 cm de diamètre ou de côté, et entre 66 cm et 91 cm de hauteur. Il est recommandé de disposer d’au moins un mètre carré pour placer le composteur. Notez qu’il faut mettre le composteur directement sur la terre (et non pas sur le gazon).

Recommandé pour une personne qui a une cour, un budget moyen et un peu de temps. Par contre, le composteur en bois demande un peu plus d’entretien.

Coût :

• Entre 30 et 100$, selon le modèle.
• Presque gratuit si on récupère une vieille poubelle ou de vieilles planches de bois et qu’on le fabrique soi-même.

Usage et entretien :-

• Il faut seulement brasser de temps à autre et contrôler l’équilibre entre les matières carbonées et azotées et le taux d’humidité.
• S’il est en bois : le bois se décompose naturellement et il faut le traiter au moins une fois par année (préférablement deux à quatre fois) avec une huile biologique comme l’huile de lin. Il faut alors vider le contenu du composteur, le nettoyer, le traiter, et remettre le contenu dans la boîte. Il ne faut pas le vernir, le teindre ou le peindre pour éviter de se retrouver avec des résidus toxiques dans le compost. On ne peut pas s’en tirer en choisissant un bois qui se décompose peu, comme le cèdre, parce qu’il fait fuir les insectes nécessaires à la décomposition des matières résiduelles.

Avantages :

• C’est la meilleure façon de faire du compost : le contact direct avec le sol permet la migration d’insectes et de microorganismes qui font le travail de compostage.
• Entretien minimum dans le cas du composteur en plastique.
• Ils sont faciles à trouver. Plusieurs municipalités subventionnent l’achat de certains de ces modèles.

Inconvénients :

• S’il est en bois, c’est beaucoup d’entretien, il faut vraiment être très motivé.
• Assez long pour obtenir du compost (4 à 12 mois)
• On peut ajouter des matières l’hiver, mais le processus de compostage est presque complètement stoppé.

2. Le composteur rotatif

Quelques marques connues : Envirocycle, Blue Planet Smart.

Ce type de composteur ne repose pas directement sur la terre. Sous la partie rotative, on trouve un compartiment qui récolte le
« jus » du compostage, appelé lixiviat ou « thé de compostage ».

Recommandé pour les personnes qui n’ont pas accès à un terrain mais qui ont un balcon ou une surface pavée, qui ont un bon budget et qui ont un peu de temps.

Coût :

• Entre 190$ et 250$.

Usage et entretien :

• Il faut retourner la partie mobile environ 3 fois par semaine
• Il faut vider le contenant du dessous (qui contient le lixiviat) au moins trois fois par an au minimum pour éviter les accumulations.

Avantages :

• Ne nécessite pas d’accès à un terrain.
• Le jus de compost (lixiviat) peut être utilisé comme fertilisant.
• Donne un compost assez rapidement (4 à 6 semaines).

Inconvénients :

• La manipulation du lixiviat peut incommoder certaines personnes.
• Installé sur un balcon, le composteur doit être très bien protégé pour éviter que le lixiviat s’écoule du contenant en cas de forte pluie (auquel cas les voisins d’en dessous ne vous aimeront pas beaucoup...)
• Il ne faut surtout pas oublier de vider le contenant qui peut alors déborder.
• Ne donne pas un compost aussi riche qu’un composteur au sol. Il lui manque certains insectes et vers qui sont présents dans la terre et qui améliorent la décomposition.
• L’hiver, le processus de compostage est presque complètement stoppé.

3. Le vermicomposteur

On l’appelle aussi lombricomposteur. Quelques marques connues : Pousse-menu, Worm Factory, etc.

Recommandé pour ceux qui n’ont ni terrain ni balcon, qui ont un petit budget (pour l’option maison), qui ont du temps et qui ne sont pas rebutés par les vers.

Coût :

• De presque rien si on le fabrique soi-même à plus de 150$.

Usage et entretien :

• Nécessite une certaine attention : il faut s’assurer que les vers ont suffisamment (mais pas trop) de nourriture, que les aliments qu’on leur donne sont équilibrés, etc.
• Note : les vers qu’il faut utiliser ne sont pas les vers de terre communs, mais les vers rouges qu’on trouve sur les fermes,
ou des « vers à truite » pour la pêche. On peut se les procurer auprès d’organisme qui font du vermicompostage à grande échelle.

Avantages :

• Puisqu’il est à l’intérieur, fonctionne toute l’année, y compris l’hiver.
• Nécessite très peu d’espace.
• Donne un compost de bonne qualité.
• Ne produit pas de lixiviat (ou très peu).
• Il est apprécié des enfants

Inconvénients :

• Certains sont rebutés par les vers, même si ces derniers ne sortent pas du composteur. Il faut parfois les manipuler (à l’achat, ou lorsqu’on veut tirer le compost du composteur).
• Nécessite plus d’attention : c’est comme avoir un animal domestique à la maison. Il faut nourrir les vers et ne pas s’absenter de longues périodes sans s’en occuper.
• Un peu moins polyvalent pour les matières qu’on peut y mettre : les vers aiment moins les coquilles d’oeufs, les épis de blé d’Inde, pelures d’agrumes, etc.
• S’il est mal équilibré, il peut causer l’apparition de mouches à fruits.

4. Le composteur électrique

Disponible au Québec : Nature Mill

C’est un composteur d’intérieur qui est muni d’un bras qui mélange les matières et pompe de l’air à l’intérieur. Il peut aussi chauffer le compost si nécessaire. Le composteur se branche sur une prise régulière

Recommandé pour ceux qui n’ont ni terrain ni balcon, qui ont un gros budget et peu de temps.

Coût :

• Entre 350$ et 450$.

Usage et entretien :

• Entretien minimum (le brassage est fait par l’appareil).
• Mais nécessite quand même un peu d’attention : comme pour tous les composteurs, il faut respecter l’équilibre des matières et du taux d’humidité.

Avantages :

• Compact.
• Fonctionne à l’année, même l’hiver.
• Ne nécessite pas de vers.
• Donne du compost rapidement (quelques semaines). Mais attention, toutes les matières ne sont pas complètement décomposées à la fin d’un cycle. Il faut transvider le compost dans un autre récipient pour lui permettre de finir sa décomposition.

Inconvénients :

• Coûteux.
• Cause une certaine dépense énergétique pour un processus qui se fait normalement naturellement – l’équivalent d’une ampoule électrique de 60 W par année.
• Ne fonctionne pas parfaitement en continu : il faut parfois arrêter d’ajouter des matières pendant au moins 48 heures pour que le compostage soit complété avant de retirer le bac de compost.

Voilà ! Il ne vous reste plus qu'à faire votre choix !

Intervenants

Julie Gingras. Directrice générale du Comité Écologique du Grand Montréal et maître composteure.

Stephen McLeod. Propriétaire de Independants Messengers / Compost Montréal.

Informations complémentaires

Lili Michaud, Tout sur le compost, Les Éditions MultiMondes, 2007. Voir la description sur les site des Éditions MultiMondes : http://multim.com//titre/?ID=172)– Un livre de référence sur le sujet.

Le site Web de Lili Michaud : http://www.lilimichaud.com/

Rémi Maillard, « Composter à la maison », Protégez-vous, mai 2008, pp. 31–35. – Un bon article synthèse.

Sujet : Composter   Jardiner   Polluer moins   Préserver la nature  

Aussi dans cette émission

Produits de lavage écolos pour véhicules

Alerte à la caserne ! Des pompiers soumettent leur camion à un test de savons écolos pour voiture.

Sujet : Consommer mieux   Économiser l’eau   Polluer moins   Préserver la nature  

Les couches réutilisables

Couches lavables ou jetables ?

Sujet : Consommer mieux   Polluer moins   Préserver la nature   Réduire / Recycler / Réutiliser  

Écotourisme d'automne

Visiter sans laisser de trace.

Sujet : Préserver la nature   Se déplacer / voyager