Les shampoings écologiques

Par Pascale Tremblay

Émission du 24 septembre 2008

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Des shampoings écologiques, naturels… Est-ce que c’est sérieux ? Et efficace ? Chose certaine, certains consommateurs sont attirés par ces produits qui prétendent ne pas contenir d’ingrédients prétendument nocifs pour la santé et l’environnement. Dans les shampoings conventionnels, on retrouve la plupart du temps des parabènes, de la cocamide DEA et d’autres ingrédients qui font l’objet de controverse en Europe notamment. Nous avons donc décidé de tester quelques shampoings écologiques pour savoir s’ils sont vraiment meilleurs pour l’environnement et la santé et s’ils sont efficaces.

Volontaires

Qui de mieux placés que les Denis Drolet pour tester des produits capillaires ? C’est ce que l’équipe de La vie en vert s’est dit en préparant ce reportage. Leurs cheveux longs, épais et soyeux font partie de leur look et de leur gagne-pain : pas question pour eux de se laisser aller. Leur chevelure doit toujours être impeccable.

Cela dit, les Denis Drolet ne se coupent pas les cheveux en quatre pour choisir un shampoing : « J’achète généralement du Herbal Essence, parce que ce n’est pas cher et j’aime la couleur bleue du liquide », explique Vincent Léonard, dit les palettes. Sébastien Dubé, dit le barbu, utilise du Finesse ou du Head & Shoulders : « Mes parents utilisaient ces produits et j’achète les même par habitude. J’utilise aussi le conditionneur de Finesse parce que ça fait de belles boucles ».

Ni un ni l’autre des Denis Drolet ne connaissaient l'existence de shampoings "écologiques". Ils ne sont pas non plus particuièrement inquiets de ce qui se trouve dans leurs produits habituels. « En fait, on n'a jamais pensé à ça. Mais, on est prêts à essayer. On est sensibilisés à l’environnement, on recycle, on fait du covoiturage, alors pourquoi pas le shampoing ! Si on peut changer une petite chose à la fois, on devrait finir par avoir une planète verte », souligne Vincent Léonard.

Test proposé

Nous avons convié nos deux participants au salon de coiffure Irenée sur la rue Beaubien à Montréal. La propriétaire, Madame Andréa Coulombe et son mari, Monsieur Gaston Bernier, ont pris en charge nos deux participants. Au programme : lavage des cheveux, application d’un baume démêlant et balayage, communément appelé « brushing ». Pour soutenir le moral des Denis Drolet et évaluer les résultats, cinq clientes du salon, affectueusement surnommées par Vincent Léonard « les déesses du cheveu ». Nous avons aussi profité de l’occasion pour demander à Mikaela Teris, biochimiste cosmétologue qui fabrique elle-même des cosmétiques « écologiques », de nous parler des ingrédients dont il faudrait peut-être s’inquiéter.

Produits testés

Il n’existe pas de certification pour les shampoings « écologiques ». La mention « produit naturel » ou « produit écologique » ne signifie pas nécessairement que ces produits le sont vraiment. Nous avons donc choisi un duo de produits biologiques, dument accrédités; un québécois et l’autre français. Nerveux, les Denis Drolet ? « Un peu…», avoue Vincent Léonard. « Je n’ai pas l’habitude de me laver les cheveux devant une caméra ! ».

Laboratoire Druide
Produit québécois
Certification biologique Écocert
http://www.druide.ca/

Shampoing Fréquence
Revitalisant démêlant

Prix : environ 8 $ chacun
Quantité : 250 ml

Melvita
Produit français
http://www.melvita.com/

Shampoing Lavage fréquents
Certification biologique Écocert
Non testé sur les animaux

Baume démêlant
Non testé sur les animaux
Sans PEG ni silicone
Sans parabène
Sans colorant artificiel
Parfum 100% naturel

Prix : environ 12 $ chacun
Quantité : 250 ml

Shampoings controversés

Certains ingrédients contenus dans les cosmétiques et les produits d’hygiène font l’objet d’une vive controverse en Europe et aux États-Unis. Certaines études prétendent que la cocamide DEA, utilisée dans de nombreux produits tels que les shampoings comme agent adoucissant et épaississant, pourrait causer le cancer chez les humains. Même chose pour les parabènes, des conservateurs largement utilisés dans l’industrie cosmétique. Mais, aucune étude indépendante n’a confirmé la toxicité de ces produits. Madame Mikaela Teris, biochimiste cosmétologue, s’est aussi voulue rassurante : « Personne ne va développer un cancer en utilisant des shampoings et des soins capillaires conventionnels ».

Ingrédients « inquiétants »

Dans la composition des shampoings traditionnels, 4 groupes de produits sont jugés problématiques pour l’environnement ou la santé.

Lauryl sulfate de sodium : ce produit fait mousser le shampoing. C’est un irritant pour la peau et le cuir chevelu.

Polyéthylèneglyocol (PEG) : ce produit ne cause pas de problème pour l’utilisation humaine, mais sa fabrication dégage des gaz nocifs pour l’environnement.

Cocamide DEA : le produit est un peu plus controversé car on l’associe à des risques de cancer. Associé à un nitrite ou un nitrate, il forme un produit cancérigène. Mais, ce type de produit ne devrait pas se retrouver sur le marché car il est sévèrement réglementé par Santé Canada.

Parabènes : ces conservateurs sont utilisés dans l’industrie cosmétique et pharmaceutique mais aussi dans l’industrie alimentaire. Aucune étude indépendante ne confirme leur toxicité.

« Nous sommes actuellement dans une zone grise en ce qui concerne ces produits, affirme Madame Teris. Et tant qu’il n’y aura pas d’études indépendantes, nous le resterons ». En attendant, on peut toujours faire preuve de prudence et rechercher des cosmétiques qui ne contiennent pas ces ingrédients. Il en existe de plus en plus sur le marché.

Il faudra alors faire certains compromis : ces shampoings sont plus liquides, ils moussent moins (ce qui n’enlève rien à leur capacité de bien laver) et le choix de fragrances est plus limité.

Verdict

L’expérience a-t-elle été concluante ? En tout cas, elle a été relaxante : « Ça fait longtemps que je ne m’étais pas fait masser le crâne par des mains d’homme! », s’est exclamé Vincent Léonard. Elle a été valorisante aussi : les « déesses du cheveu » n’ont pas tari d'éloge sur les cheveux des Denis Drolet : « c’est doux comme de la soie, du vrai velours ». « De vrais cheveux de princesse », concluent les Denis Drolet.

Et les shampoings dans tout ça ? Nous avons soumis nos volontaires à une petite grille d’évaluation : l’odeur des produits, l’odeur laissée sur les cheveux, la mousse produite, l’aspect des cheveux après le lavage, la brillance et l’efficacité générale.

Produits Melvita
Testés par Vincent Léonard
Note : 8/10

« J’ai aimé l’odeur du shampoing et du baume démêlant, une bonne odeur d’agrumes, agréable et rafraîchissante. Le shampoing ne mousse pas tellement, mais juste assez pour mes cheveux. Il reste cependant un petit enduit gras et collant sur mes cheveux. L’odeur laissée sur les cheveux sent le « propre ». Mes cheveux sont biens lavés et ils sont brillants. J’accorde une note générale de 8/10 ».

Produits Druide
Testés par Sébastien Dubé
Note : 9/10

« Je n’ai pas vraiment aimé l’odeur du shampoing, mais celle du revitalisant sent le paradis ! L’odeur laissée sur les cheveux est subtile. Mes cheveux sont propres, bien lavés, très doux et brillants. Le seul bémol, c’est la mousse : ça ne moussait vraiment pas assez pour la quantité de cheveux que j’ai. J’accorde 9/10 à ce produit: d'une part parce que c'est un produit québécois, et d'autre part, pour dépasser la note de Vincent !".

Combien ça coûte ?

Les produits de soins capillaires sont plus coûteux que les produits réguliers. Entre 10 et 12 $ pour chaque produit. Un total de plus de 20 $ pour un duo.

Comparé aux prix des produits utilisés par les Denis Drolet, qui oscillent entre 2,50 $ et 4,50 $ pour des formats de 300 ml, ça fait une grosse différence. Seraient-ils prêts à les acheter quand même ? « À ce prix là, on va laisser faire ! », s’exclame Sébastien Dubé, faussement scandalisé. « Oui, c’est cher, mais ce sont des produits de qualité, c’est normal de payer un peu plus », ajoute Vincent. Cet argument ne convainc pas Sébastien : « À la quantité de cheveux que j’ai et à la fréquence où je les lave – aux 2 ou 3 jours – c’est sûr que 20$ c’est un peu cher ! »

Vincent propose alors une solution : « On pourrait prendre notre douche ensemble pour se laver les cheveux ! On fait déjà du covoiturage, on pourrait économiser l’eau en plus ! »

Informations complémentaires

Bien lire les étiquettes

Comment acheter des shampoings et autres produits capillaires les plus doux possible ? Lisez les étiquettes et privilégiez les produits dont les ingrédients controversés arrivent en dernier sur la liste. Ils sont utilisés en moins grande quantité. Vous pouvez aussi choisir les produits qui portent les indications suivantes :

- Sans PEG ni silicone
- Sans parabènes
- Sans colorant artificiel
- Parfum 100% naturel

Finalement, méfiez-vous du terme « naturel », car il est bien souvent galvaudé! Cette appellation n’est nullement règlementée. Plus souvent qu’autrement, il s’agit d’un argument de vente. Certains ingrédients peuvent être naturels, mais peut-être pas l'ensemble du produit.

Cela étant dit, il faut savoir que les shampoings certifiés, québécois, canadiens ou autres, ne courent pas les rues. Savoir reconnaître les certifications est un très grand pas pour faciliter l’achat de cosmétiques alternatifs mais, tout comme pour les aliments, la meilleure façon d’acheter un produit en connaissance de cause est de savoir bien lire les étiquettes.

La liste des ingrédients : un outil maintenant disponible

Depuis 2006, Santé Canada a modifié le Règlement sur les cosmétiques afin d’exiger que la liste des ingrédients par ordre décroissant de prédominance apparaisse sur les étiquettes de tous les produits cosmétiques.

Cette réglementation s’applique à la plupart des produits de cette catégorie, y compris les shampoings et les colorants à cheveux. En vertu du nouveau règlement, les ingrédients doivent figurer sur tous les cosmétiques suivant le nom qui leur est attribué dans l’International Cosmetic Ingredient Dictionary and Handbook de la nomenclature INCI (International Nomenclature of Cosmetic Ingredients). Cette nomenclature est d’usage obligatoire aux États-Unis et dans l’Union européenne depuis 1998.

Pendant ce temps, en Californie

Depuis janvier 2007, l’étiquetage des produits de soins de la Californie indique les risques de toxicité qu’ils représentent. Ce type d’étiquetage oblige les fabricants à utiliser un symbole facile à comprendre pour identifier tout cancérogène, toute substance à effets néfastes sur la reproduction et tout perturbateur endocrinien dans le produit. La loi autorise également l’État à faire enquête sur ces cosmétiques et à exiger des fabricants de fournir de l’information quant aux effets qu’ils pourraient avoir sur la santé.

À lire

Bien qu’il s’agisse d’un ouvrage controversé, puisque les recherches se contredisent souvent lorsqu’on parle de l’innocuité des cosmétiques, un bon point de départ pour se faire sa propre opinion sur les ingrédients qu’on souhaite ou non éviter : La vérité sur les Cosmétiques et La vérité sur les cosmétiques naturels, par la journaliste Allemande Rita Stiens.

STIENS, Rita, La vérité sur les cosmétiques, Leduc.s, 2005

STIENS, Rita, La vérité sur les cosmétiques naturels, Leduc.s, 2006

Sujet : Consommer mieux   Prendre soin de soi  

Liens utiles

Santé Canada

http://www.hc-sc.gc.ca/cps-spc/person/cosmet/info-ind-prof/_hot-list-critique/prohibited-fra.php

Liste critique des ingrédients dont l'utilisation est restreinte ou interdite dans les cosmétiques, mars 2007



Santé Canada

http://hc-sc.gc.ca/cps-spc/person/cosmet/ingredient/index_f.html

Étiquetage obligatoire des ingrédients pour les cosmétiques au Canada



Guide Cosmétox de Greenpeace

http://www.greenpeace.fr/vigitox/actu20050527.html

Skin Deep

http://www.cosmeticsdatabase.com

Analyse des cosmétiques d’usage courant



Les produits Druide

http://www.druide.ca

Produits québécois certifiés biologiques



Les produits Melvita

http://www.melvita.com

Les Denis Drolet

http://www.lesdenisdrolet.com/

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