Produits pour bébés

Par François-Nicolas Pelletier

Émission du 12 novembre 2008

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En septembre dernier (2008) en France, des scientifiques, des médecins, chimistes, cancérologues et directeurs d’établissements de santé partaient en guerre contre les cosmétiques pour bébés. Selon eux, de nombreux produits pour enfants : gels, hydratants, lingettes parfumées, etc., contiennent un véritable mélange toxique. Ils s’interrogent sur la pertinence de mettre de si jeunes enfants en contact avec des produits qui peuvent représenter un risque pour la santé et qui sont, dans la plupart des cas, inutiles.

La vie en vert s’était posé la question bien avant la sortie des chercheurs français. Les cosmétiques pour bébés représentent-ils un choix acceptable pour la santé et l’environnement ?

Un bébé, une bonne affaire

Le marché des produits pour bébés a explosé au cours des dernières années : on trouve aujourd’hui des vêtements griffés qui leurs sont destinés, des poussettes de luxe, des jouets pour éveiller leur intelligence, et même des vidéos pour en faire des
« génies »....

À cette liste, il faut ajouter les innombrables produits de soins corporels. Bébé a la peau sèche ? Courez acheter une crème
« ultra-protectrice au miel » ou mieux, une huile « vitaminée massage et bain ». Bébé est stressé ? Faites d’une pierre deux coups et appliquez-lui une lotion « nutritive apaisante ». Ou encore, vaporisez-le de son « eau parfumée aux fragrances
évolutives »...

Il est difficile d’obtenir des chiffres pour le Canada ou le Québec, mais la compagnie d’analyse de marché Nielsen estimait, en 2005, que le marché des soins pour bébés représentait un milliards de livres au Royaume-Uni (2,2 milliards CAD$).

Ces produits répondent-ils vraiment à un besoin ? En grande partie, non. Ils servent à nourrir notre appétit de consommation, à apaiser nos craintes de ne pas être de bons parents, et à reproduire nos propres comportements avec nos enfants.

Les entreprises qui vendent des produits biologiques participent elles aussi à cette surenchère. Soyons clairs : évidemment, s’il faut choisir entre deux produits, il est préférable d’acheter un produit biologique. Son impact sur l’environnement est moins grand que celui associé à un produit commercial. Il peut aussi représenter moins de risques pour la santé, parce qu’il ne contient généralement pas d’ingrédients potentiellement nocifs (comme ceux qu’on verra dans la section suivante).

Mais avant d’acheter, il faut se demander si on a vraiment besoin du produit en question. Après une naissance, la tentation est forte de vouloir faire plaisir aux nouveaux parents avec des produits haut de gamme vendus dans de magnifiques emballages-cadeaux. Mais il ne faut jamais oublier qu’un produit qui finit à la poubelle après un essai, c’est aussi du gaspillage, que le produit soit biologique ou non.

Ces produits sont-ils utiles ?

Un bébé a-t-il besoin d’une eau de parfum, d’un gel apaisant, d’une lotion apaisante ? A-t-il besoin d’autant de produits cosmétiques que ses parents ? « Non », répond sans ambages, le dermatologue Ari Demirjian. « Un bébé a besoin de 3 produits de base: un savon, une crème hydratante et une crème de zinc pour l'érythème fessier », ajoute-t-il.

Côté soins de la peau, les bébés ont donc des besoins très simples :

1. un savon et un shampooing non parfumés, qu’on n’a pas besoin d’utiliser tous les jours;
2. une crème hydratante simple, elle aussi non parfumée. On peut même remplacer cette dernière par de la gelée de pétrole (comme la Vaseline®). Attention, son bilan environnemental est beaucoup moins bon (c’est un dérivé du pétrole), mais c’est un excellent hydratant;
3. une crème de zinc pour les fesses irritées (éviter les poudres qui peuvent être inhalées et irriter les poumons);
4. une crème solaire (il faut préférer les crèmes à base d’oxyde de zinc, qui n’irrite pas la peau).

Ces produits sont-ils nocifs pour l’environnement ?

L’industrie cosmétique traditionnelle utilise de nombreux ingrédients de synthèse dans la composition de ses produits. Les huiles de silicone et ses dérivés par exemple sont très peu biodégradables donc nocives pour l’environnement. Les huiles minérales, vaseline, paraffine et glycérine non végétale, sont des dérivés du pétrole. Et c’est sans compter le pétrole et l’énergie nécessaires à la production de tous les contenants de cosmétiques. En ce sens, les produits biologiques certifiés représentent un choix plus acceptable d’un point de vue environnemental.

Les cosmétiques pour bébés, comme ceux pour adultes, sont très souvent livrés très bien emballés, pour ne pas dire suremballés. Avant d’arriver au contenant, il faudra bien souvent retirer la pellicule plastique, ouvrir la boîte de carton, retirer le carton protecteur et le livret de présentation. Sans compter que les cosmétiques pour bébés sont parfois livrés dans des paniers ou des coffrets cadeaux. Pas toujours réutilisés.

Même si la plupart des éléments de l’emballage se recyclent, on génère toutefois au Québec, près de 600 000 tonnes de contenants et d’emballages par année. Les emballages représentent un cinquième de toutes les matières résiduelles générées par un ménage québécois. Une mauvaise habitude qui commence au berceau !

Ces produits sont-ils bons par la santé ?

En plus d’être parfois inutiles ou trop sophistiqués pour les besoins réels de l’enfant, les produits de soin pour bébés peuvent contenir des substances qu’il vaudrait mieux éviter pour des raisons de santé.

L’inquiétude manifestée par l’équipe de chercheurs français tient au fait, que malgré les fortes présomptions pour ces ingrédients, aucune étude neutre n’a été faite pour savoir quels sont l’impact sur l’être humain.

La sortie des scientifiques français ne signifie pas qu’il y ait consensus sur la question. Au contraire. Malgré cela, certains ingrédients suscitent des inquiétudes depuis quelques années déjà. Voici les principaux.

1. Les parabènes

Les parabènes sont des anti-microbiens très répandus dans l’industrie cosmétique. Ils servent d’agents de conservation. On les retrouve sous divers noms : methylparaben, butylparaben, propylparaben, etc.

Les parabènes sont considérés comme des « perturbateurs endocriniens », c’est-à-dire des substances qui perturbent le fonctionnement normal des hormones. Les parabènes ont des effets similaires à ceux des œstrogènes. Ils sont aussi soupçonnés d’avoir un impact sur le développement du système reproducteur des garçons. Dans l’ensemble, il existe encore beaucoup d’incertitude par rapport aux effets des parabènes sur le corps.

Leur omniprésence est malgré tout dérangeante. Un argument invoqué par l’industrie est qu’on ne peut pas se passer d’agent de conservation dans un produit qui contient de l’eau : il finirait par développer des bactéries et deviendrait dangereux pour la santé. Mais certaines compagnies réussissent à fabriquer des produits sans parabènes. On pourrait utiliser un système de date de péremption, comme pour les aliments, afin d’éviter l’utilisation des parabènes.

2. La famille des PEG (polyéthylène glycol)

Il y a des dizaines de PEG, qui sont identifiés par un chiffre (p.ex. : PEG-7, PEG-200, etc.). Ce sont des agents émulsifiants et adoucissants. Toutefois, ce sont des irritants potentiels pour la peau. Certains peuvent aussi faciliter la pénétration dans la peau des autres ingrédients présents dans le produit.

3. Les parfums ou fragrances

Aujourd’hui, il est difficile de trouver des produits qui ne sont pas parfumés. Les crèmes, les lotions les huiles, les savons, les bains moussants contiennent presque tous des fragrances... Sans compter qu’il existe carrément des parfums pour les bébés.

Mais les parfums posent plusieurs problèmes. Le premier est qu’ils peuvent irriter les voix respiratoires. C’est vrai pour les adultes, mais encore plus pour les bébés, dont le système respiratoire est en développement. L’exposition à des produits parfumés peut conduire au développement d’allergies au parfum et même provoquer des crises d’asthmes chez les enfants plus sensibles (pour le moment, on ne pense pas qu’ils soient une cause d’asthme).

Une autre raison pour éviter les produits parfumés est qu’on n’en connaît pas la composition. Depuis novembre 2006, les fabricants de cosmétiques sont obligés d’inscrire la liste des ingrédients sur leurs contenants. Mais il existe une exemption pour les termes « parfum » ou « fragrance » : une fragrance est composée de nombreux ingrédients, parfois des centaines; or les fabricants ne sont pas tenus d’en détailler la liste. Le problème est que les parfums contiennent très souvent une substance potentiellement néfaste, les phtalates.

4. Les phtalates

Il existe un grand nombre de phtalates. Dans les cosmétiques, ils servent à fixer les odeurs des parfums.

Les phtalates génèrent de plus en plus d’inquiétudes, notamment à cause de leur impact sur le système reproducteur masculin (ils sont, comme les parabènes, des « perturbateurs endocriniens », c’est-à-dire qu’ils perturbent le fonctionnement normal du système hormonal). Ils seraient une des causes de la sous-masculinisation croissante des garçons que l’on observe de plus en plus fréquemment. Les chercheurs remarquent notamment une réduction progressive de la quantité de spermatozoïdes chez les hommes depuis une cinquantaine d’année. Or, les phtalates existent depuis 50 ans. Les phtalates ont aussi été associés au développement de cancers chez des animaux de laboratoires (les données sont encore embryonnaires sur les humains).

Finalement, on peut noter que les phtalates sont aussi présents dans les plastiques. On les retrouve particulièrement dans ceux de la famille des PVC (polychlorure de vinyle – plastique #3) dans lesquels ils agissent comme assouplissants.

Que faire ?

Il y a donc plein de bonnes raisons pour choisir la simplicité en matière de soins corporels pour les bébés. Et pour les amis ou les membres de la famille qui veulent donner des cadeaux, voici un quelques suggestions pour éviter la surenchère des petites bouteilles inutiles :

• D’abord, consultez les parents avant d’offrir un cadeau – ils ont sûrement des besoins précis que vous pourriez les aider à combler.

• Essayez de vous regrouper pour offrir un cadeau collectif qui a plus de valeur. Voici quelques exemples de cadeaux collectifs (une formule idéale pour un « shower »).

1) les invités peuvent donner chacun une contribution financière pour mettre sur pied un fond d’études.
2) Les couches lavables sont assez coûteuses à l’achat (bien qu’elles représentent une économie à long terme) : vous pouvez aider les parents à les acquérir.
3) Vous pouvez offrir un meuble qui manque pour compléter la chambre du petit.
4) Vous pouvez planter un arbre qui grandira avec l’enfant.
5) Etc.

Intervenants

Stéphanie Thibault : biochimiste et communicatrice scientifique.

Dr. Ari Demirjian : dermatologue.

Livres et documents :

Pour avoir de bonnes idées de cadeaux collectifs pour un nouveau-né :

• DAURAY, Chantal, Réinventez vos cérémonies, fêtes et rituels!, Montréal, Stanké, 2004

Sur les ingrédients qu’on trouve dans les produits cosmétiques :

• GRIFFIN, Sean, Diminuez les risques de cancer : Guide du consommateur averti, Option consommateur et Labour Environmental Alliance Society, 2008.

On peut commander le guide en ligne sur le site Web d’Option Consommateur :
http://www.option-consommateurs.org/analystes/qualite_securite_produits/

• STIENS, Rita, La vérité sur les cosmétiques, Leduc.S Éditions. Paris, France, 2005.

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Liens utiles

Le Figaro / Cosmétiques pour bébés : le cri d’alarme des scientifiques

http://www.lefigaro.fr/sante/2008/09/18/01004-20080918ARTFIG00686-cosmetiques-pour-bebes-le-cri-d-alarme-des-scientifiques-.php

Article sur le cri d’alarme lancé par des scientifiques français sur les cosmétiques pour bébé.



• Site Web de Santé Canada, section cosmétiques

http://www.hc-sc.gc.ca/cps-spc/person/cosmet/index_f.html

• La Société canadienne du cancer sur les phtalates

http://www.cancer.ca/Quebec/Prevention/Specific%20environmental%20contaminants/Phthalates.aspx?sc_lang=fr-CA&r=1

• Un bon rapport sur les phtalates, préparé pour les assemblées législatives du Maryland aux États –Unis (en anglais)

http://www.umaryland.edu/bin/y/h/Phthalates_and_BPA_FINAL.pdf

Skin Deep: Cosmetic Safety Database

http://www.cosmeticsdatabase.com/splash.php?URI=%2Findex.php

• Base de données Skin Deep sur les cosmétiques et les ingrédients qu’ils contiennent, préparée par un organisme environnemental américain (Environmental Working Group) (en anglais seulement)



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