Eau embouteillée

Par Pascale Tremblay

Émission du 19 novembre 2008

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Les Québécois raffolent de l’eau embouteillée : chaque jour, ils consomment plus de 250 000 bouteilles d’un demi-litre. Les ventes d’eau embouteillée ont connu des hausses vertigineuses au cours des dernières années et boire de l’eau en bouteille (souvent importée) est devenu une tendance fort répandue pour une foule de raisons : snobisme, image santé, désir de bien s’hydrater, peur que l’eau du robinet soit de mauvaise qualité.

Le succès commercial de l’eau embouteillée n’a pas toujours été accompagné d’une prise de conscience de la part du public des impacts environnementaux et énergétiques de la consommation de l’eau en bouteille : énergie pour fabriquer les bouteilles, difficulté de récupérer et de recycler ces bouteilles, pétrole consommé pour transporter toute cette eau. Une fois au fait de ces impacts, il devient pertinent de suggérer des solutions de rechange comme, par exemple le simple recours à une bouteille réutilisable que l’on rempli d’eau du robinet.

Des chiffres à faire avaler de travers…

Il n’y a aucun doute, les ventes d’eau embouteillées montent en flèche. « Il se vendait 70 millions de bouteilles d’eau au Québec en 1992 alors qu’il s’en vend près de un milliard aujourd’hui. En Amérique du Nord, une personne sur cinq n’utilise que de l’eau en bouteille pour satisfaire ses besoins d’hydratation au quotidien », souligne Marc-Antoine Fleury, analyste en environnement et en énergie qui a collaboré au livre « Regard sur l’industrie de l’eau embouteillée en Amérique du Nord », publié par l’Institut Polaris d’Ottawa. Les Québécois seraient d’ailleurs parmi les plus grands buveurs d’eau embouteillée au monde. Mais, comment expliquer cet attrait pour l’eau embouteillée.

Une question d’image

Ce n’est pas parce que les Québécois manquent d’eau potable de qualité qu’ils se tournent vers les eaux embouteillées. Sauf quelques exceptions, l’eau du robinet est de très bonne qualité même si son goût dans certaines régions peut déplaire à certains.

« Les entreprises qui vendent de l’eau embouteillée déboursent des sommes colossales en publicité – de
10 % à 15 % du coût de chaque bouteille », explique Marc-André Fleury. « Elles profitent de la peur que certaines personnes ont de l’eau du robinet. Elles laissent croire que leur produit est plus sécuritaire ». Visiblement, ça marche !

Pourtant, les normes de qualité de l’eau embouteillée sont moins strictes que celles de l’eau potable. Une étude, dévoilée en octobre 2008 par Environmental Working Group de Washington, un groupe environnementaliste américain, révélait que l'eau embouteillée n'est pas plus pure que l'eau du robinet et qu’elle contient de nombreux contaminants. http://www.ewg.org/reports/bottledwater

En fait, poursuit Marc-André Fleury, « boire de l’eau embouteillée est devenue une mode et même un symbole d’ascension sociale. Certaines personnes, plus huppées, vont lever le nez sur une bouteille de Naya et ne jurer que par l’Évian,
par exemple ». L’image santé est aussi importante pour expliquer la popularité de l’eau embouteillée. Boire de l’eau en bouteille est associé à un mode de vie actif.

De l’eau du robinet en bouteille

Paradoxalement, entre 25 % et 40 % de toute l’eau embouteillée est tout simplement de l’eau du robinet filtrée. C’est le cas des marques Dasani embouteillée par Coke et d’Aquafina, qui appartient à Pepsi Cola. Cette eau est revendue environ 10 000 plus fois plus cher que l’eau du robinet dont elle provient. Une bouteille d’eau se vend plus cher qu’une bouteille de boisson gazeuse faite … à base d’eau.

L’eau de source ou l’eau minérale proviennent quant à elle d’une source d’eau potable souterraine et non d’une source de distribution municipale. Pour l’instant, l’eau est pompée gratuitement sans aucun retour à la population. Le pompage pourrait éventuellement assécher les sources, détruire les habitats et épuiser les réserves.

Tout sauf écologique

Parmi les nombreux impacts environnementaux et énergétiques, il y a la fabrication des bouteilles et leur transport. Aux États-Unis, le Pacific Institute estime que l’énergie requise pour produire les bouteilles d’eau équivaut à 17 millions de barils de pétrole, de quoi faire rouler plus de un million d’automobiles et de camions légers pendant un an. Le même organisme croit qu’en ajoutant la dépense énergétique reliée au transport, la quantité totale d’énergie équivaut à remplir une bouteille type de plastique au quart avec … du pétrole. Et les coûts environnementaux sont d’autant plus importants que l’eau vient de loin.

S’ajoute à cela le fait que les bouteilles d’eau se retrouvent la plupart du temps à la poubelle. Au Québec, à peine 1 bouteille sur 9 est recyclée. On consomme souvent des eaux en bouteille dans des lieux publics qui n’offrent pas la possibilité de les récupérer. Il est alors plus facile de la jeter que de la rapporter à la maison pour la mettre dans le bac.

Les solutions de rechange

Il suffit pourtant de peu pour renverser cette tendance et prendre de bonnes habitudes. La première chose à faire, conseille Elyse Rémy, de l’Institut national d’information en santé environnementale, c’est de faire l’acquisition d’une bonne bouteille réutilisable. Et de la remplir avec de l’eau du robinet.

« On peut placer un pichet d’eau au frigo pour éliminer le goût de chlore ou utiliser des filtres du genre Brita si on n’aime pas le goût de l’eau potable » recommande Elyse Rémy.

De plus, il est important de penser à l’avance à apporter une bouteille d’eau réutilisable avant de se déplacer vers un événement sportif ou culturel si on veut éviter de se précipiter vers le dépanneur à la moindre soif.

Ceux qui veulent poser un geste citoyen peuvent favoriser la consommation d’eau du robinet en s’inspirant notamment de ce qui se passe en Ontario où on a interdit la vente d’eaux embouteillées dans plusieurs maisons d’enseignement et édifices municipaux. Dans le même ordre d’idée, on peut demander l’ajout de fontaines publiques accessibles à tous.

Et si on ne peut faire autrement, il est préférable de choisir une eau embouteillée d’origine locale afin de minimiser les dépenses énergétiques reliées au transport. Parmi les marques locales d’eau de source on retrouve : Amaro, Eska, Saint-Élie, Nutrinor, Saint-Justin (eau minérale naturelle gazéifiée)…

Les invités

Marc-Antoine Fleury est analyste en environnement et en énergie. Il a collaboré à la recherche et a assuré la traduction d’un livre intitulé « Regard sur l’industrie de l’eau embouteillée en Amérique du Nord », publié par l’Institut Polaris d’Ottawa, un organisme spécialisé dans l’analyse de grands dossiers environnementaux.

Elyse Rémy, Institut national d'information en santé environnementale
http://www.inise.ca/

Sujet : Consommer mieux   Polluer moins   S’alimenter  

Liens utiles

Vivre Sans Plastique

http://www.vivresansplastique.com

On peut s’y procurer des gourdes et des bouteilles réutilisables par Internet



« Regard sur l’industrie de l’eau embouteillée en Amérique du Nord »

http://www.environnement.umcs.ca/images/bouteille_t_devp.pdf

Document publié par le Polaris Institute



Pacific Institute

http://www.pacinst.org/topics/water_and_sustainability/bottled_water/bottled_water_and_energy.html

Pour plus d’information sur les aspects environnementaux et énergétiques



Association des embouteilleurs d’eau du Québec

http://www.aeeq.org/frame_fr.html

Pour une liste des embouteilleurs d’eau locaux



L’eau embouteillée n’est pas plus pure que l’eau du robinet

http://www.cyberpresse.ca/vivre/sante/200810/15/01-29538-leau-embouteillee-nest-pas-plus-pure-que-leau-du-robinet.php

Un article de La Presse sur l’étude du Environmental Working Group



Environmental Working Group

http://www.ewg.org/reports/bottledwater

Étude sur la qualité des eaux embouteillées (en anglais seulement)



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