Noël écolo

Par Pascale Tremblay

Émission du 3 décembre 2008

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La période des fêtes est un moment privilégié pour partager de bons repas en famille ou entre amis. Sans vouloir être rabat-joie, est-il possible de manger de façon plus responsable pendant cette période de festivités ? C’est le défi que nous avons lancé au chef Thémis de l’ITHQ : l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec. Nous en profitons pour jeter un coup d’œil aux conséquences environnementales d’un festin de Noël, sans remettre en cause le côté ludique de nos agapes annuelles.

Menu conscient, menu insouciant

En moyenne, un aliment parcoure 2 500 km avant d’aboutir sur la tablette d’une grande surface, dans le comptoir de la poissonnerie, sur l’étal de la fruiterie ou de la boucherie. Qui dit transport dit dépenses énergétiques. L’impact environnemental de l’achat local est facile à deviner, surtout au moment des emplettes pour le rituel repas du temps des Fêtes. La Vie en vert jette un coup d’œil aux conséquences environnementales d’un festin de Noël, sans remettre en cause le côté ludique de nos agapes annuelles.

La Vie en vert a obtenu la collaboration de l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ) pour concocter un menu, mais avec deux approches différentes. Dans le premier repas, on fait le maximum pour favoriser l’achat local alors que dans le second, on cherche les aliments les plus exotiques possible. Le chef cuisinier Jean-Louis Thémis a élaboré deux menus contemporains avec une touche traditionnelle.

On ouvre le bal avec une buschetta sur canapés, suivie d’une entrée de saumon fumé et de fruits de mer. En plat principal, on déguste une oie rôtie accompagnée de légumes, puis on passe aux fromages et au dessert. Le tout évidemment accompagné de vins.

Pour préparer le menu « conscient » nous avons choisi des produits du Québec. Pour le menu « insouciant » nos achats ont été faits en tenant compte de nos envies, de l’offre du marché sans nous soucier de leur provenance.

Deux tomates rouges : laquelle est la plus verte ?

L’ingrédient de base d’une bruschetta , c’est la tomate. Tomates des États-Unis ou tomates de serre du Québec ? La première consomme beaucoup d’énergie pour se rendre chez nous. La deuxième en consomme aussi puisque les serres doivent être chauffées. Au Saguenay, le complexe serricole de Serres Sagami est chauffé avec la chaleur excédentaire d’une entreprise de métallurgie. Économie : 400 000 mètres cube de gaz par année. Mais toutes les serres ne peuvent compter sur un tel recyclage d’énergie. La tomate québécoise de serre est-elle plus verte que la lointaine tomate américaine qui a poussé en champs ? Difficile à dire. « Pour le savoir, il faudrait faire une analyse de cycle de vie complète », précise Marianne Gagnon-Duchesne, éco-conseillère au Mouvement Desjardins. « Par contre en l’absence d’une telle étude, on peut considérer que l’achat de la tomate québécoise est un bon choix puisqu’il s’agit d’un appui au développement de l’économie locale ».

Entre la mer et l’eau douce

En entrée, un classique : le saumon fumé. D’un côté, un produit Québécois, de l’autre, un saumon fumé de la Norvège. Ce dernier a parcouru près de 6 000 kilomètres. Celui qui a été fumé au Québec en a parcouru moins, quoique la provenance exacte du saumon n’est pas indiquée. S’il vient de l’étranger, son avantage environnemental risque de s’envoler en fumée quoique, au moins, l’opération de fumage aura été complétée chez nous.

Le saumon fumé était accompagné d’huîtres, faciles à trouver en décembre. Mais, certaines viennent d’aussi loin que du Japon. Nous en avons déniché une douzaine qui venaient de traverser le continent de part en part, à partir de l’État de Washington aux États-Unis : plus de 3 500 km. Dans notre menu conscient, nous avons choisi des huîtres Malpèques de l’île-du-Prince-Édouard. Distance parcourue : environ 1 136 km.

Emballés par une couronne de crevettes ?

La couronne de crevettes présente un des pires exemples de suremballage qui soit. Le cauchemar commence par une pellicule plastique, puis une boîte de carton, ensuite c’est une autre pellicule plastique pour terminer par un plat présentoir en plastique non recyclable. En plus, elles nous viennent d’une lointaine Asie distante de plus de 13 000 km.

En contrepartie, on peut se procurer des crevettes de Matane, un fruit de mer de chez nous qui raffole des eaux froides du Saint-Laurent. En prime, les crevettes de Matane sont maintenant certifiées par le Marine Stewardship Council (http://www.msc.org/fr) comme étant pêchées selon des pratiques respectueuses de l’environnement.

Le temps des oies

En plat principal, la dinde traditionnelle est remplacée par une oie. « Qu’il s’agisse d’une oie, d’une dinde, d’une pintade ou d’un canard, il est facile de trouver de la volaille d’origine locale », commente Marianne Gagnon-Duchesne. Notre oie du Québec a fait peu de route en comparaison avec une oie du Manitoba qui a parcouru plus de 2 000 km.

Si en lieu et place de la volaille, le chef avait plutôt opté pour du bœuf, la situation se serait passablement détériorée. « Le problème, c’est que le bœuf, lors de sa production, produit beaucoup de gaz à effet de serre, il a une empreinte écologique assez importante. Il faut l’équivalent en énergie de 36,4 kg de CO2 pour produire un seul kilo de bœuf », résume notre éco-conseillère.

La sauce qui accompagnait notre oie locale était faite à partir de canneberges. Pour notre oie lointaine, le chef avait plutôt choisi une sauce à base de pomme-grenades de Californie (4 000 km).

Comme légumes d’accompagnement, la courge spaghetti et le chou rouge étaient opposés aux papayes vertes (Belize – 3 400 km) et à l’artichaut (France – 5 500 km).

Un bleu avant la réconciliation

Côté fromage, un bleu Bénédictin de Saint-Benoit-du-lac se mesurait à un bleu d’Auvergne. Pour accompagner un formage bleu, s’il peut être difficile de trouver des vins locaux qui conviennent à tous, du côté des cidres de glace, le Québec recèle de petits trésors. Ici, c’est la Face cachée de la pomme qui se mesurait à un Vin de liqueur Domaine d’Arain, Muscat de Frontignac.

Finalement, pour le dessert, le chef a voulu réconcilier goûts et tendances en faisant des carrés aux dates.
« C’est une recette bien de chez-nous, même si les dattes ne viennent pas de Chicoutimi. Mais, ça nous rappelle que les aliments ont toujours voyagé. On n’a qu’à penser à la route des épices.», souligne Jean-Louis Thémis.

Le carré aux dattes était accompagné de fruits : exotiques pour le menu insouciant et du Québec pour le menu conscient. Les fruits exotiques offrent un excellent exemple d’aliments qui parcourent de grandes distances en avion. Exemples : transporter 1,2 kg de pitahayas (Malaisie - 14 600 km) et 1,2 kg de litchis (Thaïlande – 13 400 km) produit 31 kg de CO2, autant qu’en produirait une voiture moyenne sur 100 km. Par contre, si on veut avoir recours à des petits fruits locaux surgelés, il faut avoir pris soin d’en congeler soi-même au cours de l’été car les produits du commerce viennent souvent, eux aussi, de l’étranger. Il est cependant possible de trouver sur le marché des bleuets congelés du Québec.

Un lourd bilan

En tout et partout, le transport de nos aliments exotiques a nécessité l’équivalent de 24 litres d’essence. Nous n’avons ici tenu compte que de la distance entre la région ou le pays d’origine des aliments (extérieur du Québec) et leur arrivée à Montréal. 24 litres, c’est beaucoup et c’est peu. Pour un seul repas de Noël à six convives, cela peut paraître peu. Mais s’il faillait qu’il en soit ainsi à chaque jour, dans toutes les familles du Québec, le transport des aliments serait responsable de la consommation de plusieurs milliards de litres d’essence.

Le chef Thémis se dit préoccupé par ces résultats. « On ne peut plus manger ou faire la cuisine sans tenir compte de l’environnement ».

Bref, si on veut une alimentation plus verte, « Il faut tenir compte de la provenance des aliments, de leur emballage, et profiter des fruits et légumes en saison, sans oublier les produits bio », résume notre éco-conseillère, Marianne Gagnon-Duchesne.

Il faut rappeler que l’utilisation d’un véhicule très énergivore pour faire les courses peut souvent annuler les avantages des achats locaux. De même que la visite de plusieurs commerces éloignés les uns des autres. Pour réduire cet impact, essayez de regrouper vos achats en un même lieu. Et surtout, n’oubliez pas vos sacs réutilisables ! Sur ce, Joyeuses Fêtes !

Sujet : Consommer mieux   Polluer moins   Se divertir   Tendances et enjeux  

Liens utiles

Falls Brook Centre

http://www.fallsbrookcentre.ca/cgi-bin/calculate.pl

Pour calculer vous-mêmes l’équivalent en CO2 du transport des aliments, et l’équivalent en distance de parcours automobile de la production de CO2



TV5

http://www.tv5.org/TV5Site/voyageurs/distancevilles.php

Pour connaître la distance entre une région ou un pays lointain et le Québec :



Équiterre

http://www.equiterre.org/agriculture/achatlocal/docs/Argumentaire-Achat-local.pdf

L'achat local



Campagne Mangez Québec

http://www.mangezquebec.com/index_fr.html

Pour vous aider à repérer les produits québécois



L’ITHQ

http://www.ithq.qc.ca/fr/index.php

L'Institut de Tourisme et d'Hôtellerie du Québec



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