Biotop: jardiner et nourrir la planète

Par Pascale Tremblay

Émission du 4 mars 2009

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Au moins 50% des habitants de la planète habitent maintenant dans les milieux urbains. Il apparaît logique de faire pousser fruits et légumes le plus près possible de leur lieu de consommation. Et pourquoi pas sur les toits des édifices ? La solution est d’autant plus pertinente qu’un scientifique d’ici a mis au point le système Biotop, une méthode particulièrement efficace de culture en bacs qui permet de produire une imposante variété de produits frais sur une très petite surface.

Pour en savoir plus, l’équipe de La vie en vert est montée sur le toit du Centre de santé Reine-Élizabeth, dans l’ouest de Montréal, pour rencontrer Marc-André Valiquette, biologiste, et inventeur de la méthode Biotop. Il nous explique avec passion comment il s’y prend pour obtenir des rendements exceptionnels dans la production de nombreuses variétés de fruits et de légumes sur le toit d’un édifice.

L’équipe y a aussi croisé Mathieu Roy, technicien en agriculture, coordonnateur technique de l’organisme Action Communiterre, qui, avec ses bénévoles, vient récolter des produits frais de ce jardin en hauteur pour les remettre par la suite à une banque alimentaire du quartier.

Bacs et racines

Comme c’est souvent le cas, l’observation joue un rôle de premier plan dans le développement d’une invention. « J’avais remarqué que les racines dans le fond d’un pot sont spiralisées. Elles s’enroulent sur elles-mêmes autour du pot parce qu’elles n’ont pas assez d’espace pour s’étendre de façon latérale. Ces pauvres racines n’ont nulle part où aller. Elles ne servent pas à grand-chose. Je me suis dit que si on pouvait leur offrir d’accéder à une réserve d’eau, elles pourraient jouer un rôle utile et bénéfique pour la plante. J’ai décidé de faire des expériences avec la culture en bacs ».

Le bac développé par Marc-André Valiquette comporte deux parties. La partie supérieure du bac est de couleur grise. Elle s’emboîte dans la partie du bas de couleur blanche. Un grillage sépare les deux parties. « Dans la partie du haut, on retrouve un terreau dans lequel les plants sont placés. La partie, du bas, elle, constitue une réserve d’eau. Un des phénomènes les plus spectaculaires avec le système Biotop, c’est que les plantes vont produire deux sortes de racines, des racines nourricières dans le terreau, et des racines aquifères qui vont se développer dans l’eau », explique le biologiste.

Cette spécialisation des systèmes racinaires permet aux plantes d’optimiser l’absorption d’eau et de nutriments. En tout temps, les racines aquifères peuvent puiser la quantité d’eau dont elles ont besoin dans la réserve d’eau du bac. Ce phénomène s’appelle remontée capillaire. Tous les bacs sont reliés entre eux tant et si bien que la réserve d’eau de chaque bac constitue finalement une réserve d’eau commune.

Quand au terreau de la partie du haut, il reçoit de l’eau additionnée de solutions fertilisantes à partir de boyaux et d’un réseau de micro-conduits utilisés normalement pour l’irrigation goutte à goutte. De plus, on ajoute au terreau des mycorhizes. Les mycorhizes sont des champignons microscopiques qui agissent en symbiose avec les racines pour accélérer l’absorption des nutriments. Entre le terreau et la réserve d’eau, on retrouve une couche de vermiculite où se forment des petites poches d’air qui permettent aux racines de se développer.

Des rendements exceptionnels …

Marc-André Valiquette a effectué des recherches en collaboration avec Agriculture Canada pendant plusieurs années pour trouver les meilleurs mélanges de terreau, le bon équilibre et le bon dosage de solutions fertilisantes Au moins trois brevets sont détenus conjointement par Marc-André Valiquette et le ministère fédéral. Ces brevets portent notamment sur le design du bac et sur le principe de ségrégation des racines.

Le jardin le plus élaboré (qui sert de jardin témoin) de Biotop est situé sur le toit du Centre de santé Reine-Élizabeth, sur la rue Marlowe dans le quartier NDG à Montréal. On y trouve 300 bacs où poussent fruits, légumes, et plantes ornementales dont de magnifiques rosiers. Selon Marc-André Valiquette, « le système Biotop offre des rendements au moins 2 fois supérieurs à ceux de la culture en champ ». Avec moins de 50 mètres carrés de surface cultivée, on s’attend à produire une tonne de fruits et de légumes.

Potager et toiture verte

Malgré sa réserve d’eau de 10 litres par bac, le poids d’un ensemble de bacs demeure faible et il n’est pas nécessaire de renforcer la structure du toit. « Il s’agit d’un avantage considérable si on veut généraliser les jardins sur les toits. Le système Biotop est donc une solution idéale pour ceux qui désirent aménager un toit vert, sans les inconvénients liés à la construction d’un tel projet. En végétalisant le toit on agit sur les ilots de chaleurs. Biotop peut aussi s’installer sur les patio et les balcons », précise Marc-André Valiquette.

La plupart des bacs du jardin Biotop de NDG sont en régie conventionnelle, c’est-à-dire que les solutions fertilisantes contiennent notamment du 2-4-3, un engrais de synthèse communément appelé engrais chimique. Marc-André Valiquette a toutefois effectué des tests concluants avec une rangée de plants en régie biologique avec des solutions fertilisantes à base d’algues, de fumier de poulet et d’émulsion de poisson

… au service de la communauté

Les fruits et les légumes qui poussent sur le toit du Centre de santé Reine Élizabeth sont récoltés par des bénévoles de Action Communiterre. « On récolte des tomates, des poivrons, des épinards, des carottes globes (petites et rondes), de la bette à carde, des poireaux, des concombres, des oignons verts, des aubergines, des fraises, du melon, du cantaloup, du basilic », explique Mathieu Roy, technicien en agriculture et coordonnateur technique à Action Communiterre On y trouve même un plant de bananier lequel ne donnera cependant pas de fruit au jardin (peut-être plus tard en serre).

Action Communiterre est un groupe sans but lucratif qui gère une dizaine de jardins collectifs dans le secteur NDG. « Nous avons en tout 5000 mètres carrés de surface cultivée ». Ce type de jardin diffère des jardins communautaires. Les (150) participants n’ont pas une parcelle à eux. Ils participent aux travaux en groupe et se partagent une partie de la récolte. L’autre partie va au Dépôt alimentaire NDG qui offre des vivres aux plus démunis. C’est là qu’aboutissent les fruits et les légumes cultivés selon la méthode Biotop sur le toit du centre de santé Reine Élizabeth.

Invités

Marc-André Valiquette, biologiste, et inventeur de la méthode Biotop.
Mathieu Roy, technicien en agriculture et coordonnateur technique à Action Communiterre

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Liens utiles

Pour se procurer des bacs Biotop

http://biotopcanada.com/fr.htm

Action Communiterre

http://www.actioncommuniterre.qc.ca/news_fr.asp

CRDI (Centre de recherche en développement international)

http://www.idrc.ca/fr/ev-92997-201-1-DO_TOPIC.html

Informations sur le développement de l’agriculture urbaine à travers le monde :



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