Déjouer les pièges de la consommation !

Par Ève Beaudin

Émission du 4 février 2009

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Les Canadiens passent en moyenne 50 minutes par jour dans les centres commerciaux. Ils y vont pour faire des achats, bien sûr, mais aussi pour se divertir et passer du temps avec leur famille ou leurs amis. Mais le problème c’est que passer autant de temps dans les magasins nous expose à une foule de nouveautés et il devient tentant de céder. Surtout que la possession d’articles à la mode est très valorisée dans notre société de consommation.

Et ce n’est pas étonnant car une bonne partie de notre économie est basée sur l’achat de biens. Au Canada, c’est 60 % du produit intérieur brut qui est associé aux dépenses de consommation. Le problème, c’est qu’en plus des répercussions environnementales reliées à la surconsommation, les dépenses sont aussi associées à l’endettement des individus. Pour chaque dollar de revenu, les Canadiens doivent en moyenne 1,30 $.

Comment diminuer sa consommation dans un tel contexte ? « C’est un travail de longue haleine qui demande de l’introspection, mais on peut commencer par diminuer nos achats impulsifs, c’est à dire les achats non planifiés et non réfléchis, qui souvent viennent gruger notre budget et encombrer nos maisons », suggère Yannik St-James, professeure en marketing au HEC Montréal.

Attention aux achats impulsifs

Pour faire des achats impulsifs, il faut être en situation d’achat. Depuis, l’arrivée d’Internet, les occasions de faire des achats impulsifs se sont multipliées, mais la plupart des achats se font encore en magasin. « On estime d’ailleurs qu’environ un tiers des achats effectués dans les grands magasins sont des achats impulsifs », ajoute Yannik St-James.

Mais qu’est-ce qui fait qu’on a soudainement envie d’acheter quelque chose dont on n’avait absolument pas besoin avant de le voir en magasin ? « Il y a plusieurs facteurs qui peuvent expliquer ce phénomène. Par exemple, on sait que les consommateurs sont plus enclins à faire des achats impulsifs dans un environnement surstimulant. C'est-à-dire de la musique forte et rapide, des couleurs vives et certaines odeurs. Tout ça nous fait en quelque sorte perdre le contrôle et nous rend plus vulnérables à l’achat impulsif. », explique la spécialiste. C’est pour cette raison que les grands centres commerciaux et les magasins utilisent ces différentes stratégies.

Comment faire pour résister ? « On peut apporter une liste d’achats et s’y tenir, suggère Yannick St-James. Et si on voit un produit qui n’est pas sur notre liste, on peut se donner une période de 24 heures pour y réfléchir. Souvent, l’envie immédiate passe assez rapidement. »

Gare aux soldes

Les primes, les coupons rabais, les liquidations d’inventaire et les soldes affichés en magasin font aussi partie des stratégies marketing utilisées pour inciter les consommateurs à acheter. « Ces techniques incitent le consommateur à agir maintenant. On essai de créer un sentiment d’urgence, l’impression qu’on pourrait perdre une occasion si on attend trop longtemps », souligne Madame St-James. Elles donnent également l’impression d’avoir fait une bonne affaire, même s’il arrive souvent que l’objet ne réponde pas à des besoins véritables.

Que faire pour résister aux soldes alléchants ? Selon Yannik St-James, « Ce qui est important c’est de faire la distinction entre une bonne aubaine et un bon achat, c'est-à-dire un achat qui répond à nos besoins. » On peut se demander si on achèterait l’article à prix régulier et si on l’utilisera vraiment. Encore une fois, dans une telle situation il peut être utile de repousser l’achat de 24 heures.

Éviter le crédit

Le crédit et les offres de paiement différé facilitent aussi l’achat immédiat. « On sait qu’avec une carte de crédit, le consommateur est plus enclin à dépenser davantage et à faire des achats superflus. », explique la professeure. Le plaisir est tangible et immédiat alors que la douleur du paiement est reportée à un moment ultérieur.

Pour diminuer notre tendance à dépenser de l’argent qu’on n’a pas encore gagné, on peut réserver le crédit à l’achat de biens qui ont une longue durée de vie et acheter comptant les produits qui sont consommés avant même qu’on reçoive notre compte de carte de crédit. On peut aussi laisser notre carte à la maison et partir avec de l’agent comptant qu’on a économisé spécialement pour cet achat. Donner 1 000 $ en argent est beaucoup plus concret. Certains organismes de protection du consommateur suggèrent même aux personnes endettées de littéralement couper en petits morceaux leurs cartes de crédit.

Se récompenser autrement

Il arrive aussi qu’on achète pour prolonger un état émotif positif ou pour contrer des émotions négatives, un phénomène qu’on appelle la consommation compensatoire. Les achats impulsifs sont ainsi parfois réalisés pour se faire plaisir après une dure journée, ou pour combattre l’ennui ou la frustration.

Éviter les achats compensatoires n’est pas toujours facile, mais on peut développer des réflexes plus sains. « Plutôt que d’aller magasiner, on peut aller faire des activités sportives ou des activités sociales. », suggère Madame St-James.

Finalement, pour limiter ses achats impulsifs, il faut apprendre à devenir un consommateur réfléchi. Il faut se questionner sur les raisons qui nous poussent à consommer et essayer d’évaluer comment nos modes de consommation ont une influence sur notre budget et sur notre vie, de même que sur l’environnement.

Les invités

Yannik St-James, Professeure de marketing, HEC Montréal.

Informations complémentaires

3 planètes pour nos biens. Si toute la planète vivait au rythme de consommation des Canadiens, trois planètes seraient nécessaires. C’est ce que conclut le plus récent bilan mondial de santé de l’environnement publié par le World Wildlife Fund (WWF), un des plus importants groupes écologistes au monde. Notre empreinte écologique est donc trois fois plus importante que le seuil jugé acceptable. « Tout comme les dépenses inconsidérées sont à l’origine de la récession, écrivent les auteurs du rapport, la consommation inconsidérée puise le capital naturel à un point tel que nous mettons en danger notre
prospérité future. »
http://www.wwf.fr

La Terre a bout de souffle...La Terre ne peut plus suivre la vitesse à laquelle nous consommons ses ressources. Le 23 septembre 2008, nous avions déjà consommé toutes les ressources naturelles que la Terre pouvait produire pour l’année 2008, c’est ce qu’on appelle l’Overshoot Day. En d’autres mots, notre demande actuelle dépasse de 40 % la capacité de la planète et nous épuisons ses réserves écologiques aux dépens des générations futures. Ces chiffres proviennent du Global Footprint Network, un organisme de recherche qui mesure la quantité de ressources naturelles disponible et la part que nous en utilisons.
http://www.footprintnetwork.org

Suggestions de lectures

J'achète ! : Combattre l'épidémie de surconsommation de John de Graaf
Ce livre nous incite à reconnaître les symptômes de l’épidémie de surconsommation qui afflige les Nord-Américains. Il donne aussi des pistes pour guérir cette maladie qui n’est pas incurable, selon les auteurs. Un livre troublant, drôle et plein d’informations pertinentes pour prendre conscience du problème et apporter du changement dans nos vies.

Moins c’est mieux de Michael Simperl
Ce livre vous propose d'adopter un nouveau style de vie : le "moins, c'est mieux". Le principe : intégrer l'idée qu'il est non seulement possible de posséder moins mais que c'est ce "moins" lui-même qui mène vers plus de bonheur... Vous apprendrez à changer vos habitudes de consommation, prendre vos distances vis-à-vis de la publicité et des médias, libérer votre temps libre, ne pas laisser l'argent gouverner votre vie, désencombrer votre maison, vous recentrer sur l'essentiel, etc., ... Lâchez du lest pour vous sentir plus léger, plus libre et plus serein !

La simplicité volontaire… Plus que jamais de Serge Mongeau
Véritable réflexion sur notre rapport à la consommation et sur notre pouvoir d'organiser notre vie autrement, Serge Mongeau questionne ici la société de consommation; « cage dorée », elle s'avère une source de multiples aliénations et conséquences : les individus existent par ce qu'ils possèdent et non plus par ce qu'ils sont, pendant que la frénésie consommatrice continue à menacer notre environnement. L'auteur prône une philosophie de vie recentrée sur les besoins essentiels, les plaisirs simples, l'engagement dans sa communauté — des comportements à la base de l'épanouissement personnel et collectif. La simplicité volontaire s'est vendu à plus de 30 000 exemplaires, le concept fait désormais école et a depuis engendré un mouvement, le Réseau québécois pour la simplicité volontaire (RQSV).

ABC de la simplicité volontaire de Dominique Boisvert
À ceux et celles qui découvrent cette façon de chercher le bonheur ailleurs que dans l’accumulation des biens matériels, le guide de Dominique Boisvert offrira un premier contact stimulant avec les richesses insoupçonnées de la simplicité volontaire. Et aux autres qui s’y intéressent déjà depuis un moment, ce petit livre fournira une foule de pistes pour aller plus loin : livres, groupes, sites Internet et même vidéos. De multiples ressources pour mieux connaître et pratiquer cet « art de vivre » plus nécessaire que jamais devant les défis de notre époque.

Consommation et luxe de Benoît Duguay
En matière de consommation, nous assistons aujourd’hui, tant chez le producteur que chez le consommateur, à un ensemble de comportements exagérés, égoïstes, souvent irresponsables, voire destructeurs, massivement adoptés au nom du luxe. Qu’est-ce que le luxe ? Quelles sont nos attentes vis-à-vis des produits et services de luxe ? Comment se pratique le marketing du luxe ? Y a-t-il des comportements qui peuvent faire contrepoids à l’hyperconsommation et la mettre en échec ? Voilà quelques-unes des questions auxquelles l’auteur se propose de répondre dans ce livre.

Consommation et image de soi
de Benoit Duguay
Pourquoi consomme-t-on ? Quelles sont les motivations qui déclenchent l’achat ? Que recherche l’acheteur dans un produit ? Cet ouvrage porte en somme sur la responsabilité du consommateur dans l’acte de consommer. Il entend dans ce sens participer à ces mouvements contemporains (simplicité volontaire, casseurs de pub, etc.) qui tentent de nous faire sortir du cycle de la consommation effrénée, irrespectueuse et destructrice, et contribuer ainsi à modifier nos habitudes les plus égocentriques et les plus irresponsables. À tenir en éveil la conscience éthique du consommateur et des entreprises.

Sujet : Consommer mieux   Tendances et enjeux  

Liens utiles

Réseau de protection du consommateur (RPC)

http://www.consommateur.qc.ca/

25 associations de consommateurs dont certaines donnent des ateliers pour mieux gérer son budget.



Réseau québécois pour la simplicité volontaire

http://www.simplicitevolontaire.org/

Un regroupement pour apprendre à vivre plus simplement.



Spendster

http://spendster.org/

Un site Internet rigolo où des consommateurs présentent leurs achats aussi ridicules qu’inutiles !



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