Éliminer de la route les vieilles autos

Par Ariane Paré-Le Gal

Émission du 18 février 2009

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Même si le commun des mortels ne le remarque pas, les voitures très récentes polluent beaucoup moins que les vieux modèles. Par exemple, les véhicules de 1995 et moins ne représentent que 20 % du parc automobile québécois, mais ils sont responsables de 80 % de la pollution. Les programmes incitatifs pour retirer de la route ces vieux véhicules sont donc pleinement justifiés. Mais qu’arrive-t-il au moment de la mise à la ferraille de ces vieux tacots ? Quand le travail est bien fait, les pièces susceptibles de polluer sont retirées avant que la carcasse ne soit envoyée dans un immense déchiqueteur.

Pour mieux connaître le fonctionnement du programme québécois de mise à la ferraille, La vie en vert a rencontré André Bélisle, président de l’Association québécoise de lutte à la pollution atmosphérique (AQLPA). Cet organisme a mis sur pied le programme « Faites de l’air ! » justement pour éliminer de la route les voitures les plus polluantes.

La rencontre a eu lieu chez Pièces d’auto Kenny, à Laval, un ferrailleur qui accepte de recycler les voitures en prenant toutes les précautions nécessaires pour disposer des carcasses de façon à réduire au maximum les impacts environnementaux d’une telle pratique. Nous y avons rencontré Guy Langlois, le directeur général des opérations.

Mise à la ferraille = moins de smog

Ceux qui doute encore de l’impact des vieux modèles seront surpris d’apprendre qu’Il faut une douzaine de voitures de l’année (2008) pour produire autant de pollution qu’une seule voiture de 1993, et 37 nouvelles voitures pour en générer autant qu’une seule voiture de 1987. Mais le pire, c’est que les vieilles voitures polluent encore davantage parce que les catalyseurs ne fonctionnent plus. L’AQLPA a effectué 18 000 inspections de véhicules de 1995 et moins et dans 50 % des cas, les catalyseurs étaient défectueux. « Il n’est pas rare de voir des véhicules dont le catalyseur a été carrément retiré soit parce que les gens ne voulaient pas défrayer le coût d’un catalyseur neuf, soit parce que les gens ont vendu le vieux catalyseur (qui contient des métaux précieux), soit parce que des jeunes ont remplacé le catalyseur par un résonateur pour avoir un son plus «sportif » », commente André Bélisle. Finalement, retirer des vieilles voitures de la route est un des moyens le plus efficace pour réduire la quantité de smog, particulièrement celle générée par le secteur des transport ».

Jusqu’à maintenant, le programme « Faites de l’air ! » a retiré 2 000 véhicules de la route. Avec un financement adéquat pour 2009, l’objectif est plus ambitieux : 10 000 voitures retirées de la route et ce, pour chacune des trois prochaines années.

Favoriser un transfert modal

Lorsqu’une personne accepte de mettre sa voiture à la ferraille, elle peut recevoir 300 dollars ou des titres de transport en commun d’une valeur supérieure, en plus d’un reçu pour fin d’impôt d’une valeur minimale de 125 dollars et d’une carte de membre de l’AQLPA. « On favorise clairement un transfert modal de la voiture vers les transports en commun. Au cours des prochains mois, nous ajouterons d’autres incitatifs comme des crédits à l’achat de bicyclettes. Nous nous apprêtons à étendre notre programme à l’ensemble du Québec », précise le président de l’AQLPA. Dans tous les cas, pour tous les participants, les profits de la vente de la carcasse sont versés à la section québécoise de la Fondation canadienne du rein. De plus, l’AQLPA s’assure que le véhicule ne sera jamais remis sur la route et que le ferrailleur respecte le Guide des bonnes pratiques pour la gestion des véhicules hors-d’usage du ministère québécois du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs.

Recyclage des carcasses : les bonnes pratiques

Chez Pièces d’auto Kenny, à Laval, on traite 20 000 vieilles voitures par année. Certaines peuvent être remises sur la route. Elles sont alors envoyées à un centre de mécanique. Pour toutes les autres, « on retire systématiquement du véhicule tout ce qui peut nuire à l’environnement. D’abord, les fluides : l’essence, l’huile du moteur, de la transmission, du différentiel, des freins, de la servo-direction, l’antigel, le liquide de lave-glace. On retire aussi le réfrigérant du système de climatisation. On doit s’assurer qu’il n’y a pas de déversements. Certains produits sont réutilisés sur place, comme l’essence. D’autres sont recyclés et revendus comme l’huile à moteur par exemple », explique le directeur général Guy Langlois.

Puis c’est au tour des pièces. « On retire les batteries, les filtres à huile, les coussins gonflables non déployés, les catalyseurs, les pneus. Certaines pièces très petites peuvent avoir un impact sur l’environnement comme les bornes de batteries et les pesées appliquées sur les jantes pour balancer les roues. Ces pièces sont faites de plomb. Il y a également des interrupteurs qui contiennent du mercure. Ils servent à l’éclairage dans le coffre et sous le capot ainsi qu’au fonctionnement du système de freinage anti-blocage ABS. On les retire systématiquement pour en disposer de façon écologique. », ajoute Guy Langlois.

Un monstre qui déchiquette

Une fois le véhicule dépouillé de tout ce qui peut causer problème, les véhicules acheminés chez Pièces d’auto Kenny dans le cadre du Programme « Faites de l’air ! » sont envoyés au déchiquetage. Les autres voitures sont conservées dans la cour pendant un certain temps pour la revente pièces. « Le déchiqueteur que nous opérons ici est une très grosse machine; elle peut traiter 6 véhicules par minutes et produire 300 tonnes à l’heure », résume Guy Langlois.

Une grue munie d’un grappin prend les carcasses une à une et les dépose sur un tapis roulant. Un immense rouleau les broie immédiatement. Les morceaux qui sortent à l’autre bout ont la taille d’un poing. Des systèmes magnétiques permettent de séparer les métaux ferreux des autres matières. D’autres systèmes mécaniques permettent d’isoler les métaux non ferreux comme le cuivre, l’aluminium ou l’acier inoxydable. Tous ces métaux représentent 75 % du poids d’un véhicule. Ils sont revendus sur les marchés nationaux et même à l’international.

Malheureusement, environ le quart du poids d’un véhicule est constitué de mousses (rembourrage des sièges) ou de plastique comme le tableau de bord ou les pare-chocs. Il n’y a pas de débouchés pour ces matières appelées familièrement le « fluff ». Chez Pièces d’auto Kenny, on retraite le « fluff » avec des systèmes de tri automatique pour retirer les petites particules de métal qui y seraient encore présentes. Finalement, le « fluff » va à l’enfouissement, une pratique qui est acceptée par les autorités environnementales. Des recherches se poursuivent toutefois pour valoriser davantage cette forme de résidus.

Comment profiter du programme « Faites de l’air ! »

Si vous possédez une voiture de 1995 et moins et voulez connaître les modalités d’admission au Programme « Faites de l’air ! », téléphonez à l’AQLPA (418) 386-6992 ou consultez leur site Internet.

Pour l’instant, ce programme ne s’applique que dans les grandes régions de Montréal et de Québec, mais il devrait être étendu sous peu.

À Montréal, les gens peuvent apporter leur voiture chez Pièces d’Autos Kenny à Laval. À Québec, c’est chez Pièces d’autos Mainguy à l’Ancienne Lorette.

Certaines conditions s’appliquent cependant. Le véhicule doit dater de 1995 ou avant et être en condition de rouler. On s’assure ainsi que le véhicule ne sera jamais remis sur la route et que le ferrailleur respectera le Guide des bonnes pratiques pour la gestion des véhicules hors-d’usage du Ministère du développement durable, de l’Environnement et des Parcs.

Le programme Auto-Rein, de la Fondation canadienne du rein, de son côté accepte tous les véhicules quel que soit leur âge. En échange d’un reçu fiscal, la fondation vient chercher votre voiture, qu’elle soit en état de rouler ou non, et se réserve le droit de recycler le véhicule, de revendre les pièces ou de la remettre sur la route. Les sous amassés sont remis à la Fondation canadienne du rein.

Ces deux programmes sont complémentaires puisqu’ils ne visent pas la même clientèle. D’ailleurs, tant Auto-rein que « Faites de l’air ! » réfèrent les gens selon qu’ils sont admissibles à l’un ou l’autre des programmes.

Les invités

André Beslile, président de l’Association québécoise de lutte à la pollution atmosphérique (AQLPA).
Guy Langlois, directeur général des opérations. Pièces d’autos Kenny.

Informations complémentaires

Adresse des deux ferrailleurs participants.
D’autres ferrailleurs peuvent s’ajouter.
Consulter le site de l’AQLPA.

PIÈCES D’AUTOS KENNY
1600, rue Boisclerc
Laval (Duvernay)
Québec H7E 4P2
Téléphone : 450-661-2303
(514) 325-9810
http://www.kennypiecesdautos.com/HTML/

MAINGUY PIECES D'AUTOS INC.
1745, route de l'Aéroport
Ancienne-lorette
Québec G2G2P5
Téléphone : 418 872-1483

Sujet : Réduire / Recycler / Réutiliser   Se déplacer / voyager  

Liens utiles

Programme « Faites de l’air ! » géré par l’AQLPA :

http://www.aqlpa.com/index.php?option=com_content&task=view&id=24&Itemid=49

Site général de l’AQLPA

http://www.aqlpa.com/

Programme Auto-Rein

http://www.rein.ca/page.asp?intNodeID=22827

Pour donner votre vieux bazou



Guide de bonnes pratiques à l’intention des recycleurs de véhicules hors-d’usage (résumé en format PDF)

http://www.mddep.gouv.qc.ca/matieres/mat_res/vehicules/Guide-recyc-bref.pdf

Kenny pièces d’autos

http://www.kennypiecesdautos.com/HTML/

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