Une serre verte

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Une serre est un environnement contrôlé où sont recréées les conditions optimales pour la croissance des plantes. Or, pour reproduire le mois de juillet à l’année il faut... beaucoup d’énergie!

La plupart des serres industrielles sont donc chauffées. « Pour le chauffage, on utilise principalement du gaz naturel ou du mazout. On calcule qu’on génère ainsi 2,8 tonnes de CO2 pour produire 1 tonne de tomates », estime Pascal Thériault, agroéconomiste à l’Université McGill.

Ce qui nous mène à poser ce constat étonnant: il est plus polluant de cultiver une tomate en serre locale que d’importer du Mexique une tomate cultivée en champs!

« En 2005, une étude britannique a comparé l’empreinte écologique de tomates cultivées au Royaume-Uni dans des serres chauffées à celles importées d’Espagne, explique Pascal Thériault. On s’est rendu compte que même si on prenait en considération les 1100 kilomètres qui séparent le Royaume-Uni de l’Espagne, la tomate en serre générait quatre fois plus de CO2 que la tomate importée. Même si le Québec est plus loin du Mexique (3700 km) que l’Espagne l’est du Royaume-Uni, les tomates de serres locales demeurent plus polluantes que les tomates des champs qu’on a importées de loin... »

De nouvelles serres, heureusement, prennent le virage vert. C’est le cas de la serre de Saint-Étienne-des-Grés qui produit des tomates de marque Savoura.

Initiatives vertes chez Savoura
La serre de tomates Savoura de Saint-Étienne-des-Grés est la plus grosse serre au Québec, toutes productions confondues. Sa superficie de 52 000 mètres représente l’équivalent de 10 terrains de football. On y produit 60 000 kg de tomates par semaine.

« C’est une serre équipée d’éclairage artificiel, dit Valérie Grenier, directrice des ventes et du marketing chez Savoura. Cela nous permet d’avoir assez de lumière l’hiver pour produire des tomates de façon rentable. Au Canada, on est pratiquement les seuls à faire ça...

Or, cette serre gigantesque a adopté plusieurs technologies environnementales.

Recirculation des eaux de lessivage
« On fait d’abord recirculer les eaux de lessivage, explique Valérie Grenier. L’eau est envoyée aux plants grâce à un système d’irrigation. C’est une eau chargée de minéraux, de nutriments et, quand elle est rejetée à la fin du cycle, elle contient encore des matières nutritives. Alors, au lieu de la jeter, on la récupère et on la fait recirculer dans le cycle d’irrigation. »

En fin de compte, la serre ne relâche aucune eau mélangée à de l’engrais dans l’environnement.

Chauffage au biogaz
L’aspect le plus novateur de cette serre demeure par contre l’utilisation de biogaz pour le chauffage.

Le biogaz est formé par la fermentation des déchets organiques composés principalement de méthane, un puissant gaz à effet de serre 21 fois plus puissant que le CO2. Le récupérer plutôt que de le laisser s’échapper dans l’atmosphère est donc une excellente idée.

« Le biogaz que l’on utilise est capté au site d’enfouissement de Saint-Étienne-des-Grès, situé à côté de la serre, dit Valérie Grenier. Là-bas, il est traité, purifié puis acheminé à l’aide de conduits jusqu’à notre serre. Ici, il est brûlé ce qui nous permet de chauffer des chaudières remplies d’eau. Cette eau chaude circule dans la serre et la chauffe.

Pour Pascal Thériault, l’utilisation des biogaz représente un bon compromis. « Étant donné qu’il faut chauffer les serres de toute façon, c’est une bonne idée de le faire en récupérant des gaz provenant d’un site d’enfouissement. On transforme une source de pollution en source d’énergie. »

Récupération des CO2
De temps en temps, il est nécessaire d’utiliser du gaz naturel comme source de chauffage, étant donné que le biogaz n’est pas une ressource stable (parfois, le site d’enfouissement n’en produit pas assez).

Dans ce cas, le CO2 qui est généré par la combustion du gaz naturel est introduit dans la serre. « Les plantes se nourrissent de CO2 et, par photosynthèse, le transforment en oxygène. Il n’y a donc aucun rejet de CO2 lorsqu’on doit brûler du gaz naturel », dit Valérie Grenier.

Les initiatives vertes de la serre Savoura de Saint-Étienne-des-Grés représentent l’avenir pour l’entreprise. Ces technologies sont rentables et permettent de réduire l’impact environnemental de la serre.

Peut-on faire davantage? Oui.

En Europe, on cherche à améliorer encore davantage le bilan vert de la serriculture grâce, notamment, à la géothermie. « C’est ce qu'on appelle des "serres fermées", puisqu’il n'y a pas (ou peu) d'échange d'air avec l'extérieur, explique Pascal Thériault. Puisqu'il fait trop chaud durant l'été dans une serre fermée, on enlève et stocke l'excès de chaleur dans le sol pour pouvoir le récupérer durant l'hiver. »

Verra-t-on des serres fermées au Québec dans un avenir proche? Pascal Thériault demeure sceptique : « Sera-t-il possible de chauffer une serre uniquement avec la géothermie quand il fait -25°C? Je l’ignore. Mais même en n'utilisant ces méthodes que partiellement, on arriverait à diminuer de beaucoup les besoins en énergie des serres au Québec. »

Invités

Pascal Thériault, agroéconomiste à l’Université McGill (Campus McDonald).

Valérie Grenier - directrice des ventes et du marketing chez Savoura.

Sujet : Tendances et enjeux  

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