Des médicaments dans l'eau

Par Steve Proulx

Émission du 19 octobre 2010

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Des médicaments l’eau

Les usines de traitement d’épuration des eaux ne parviennent pas à retirer TOUTES les substances que contiennent les eaux usées.

L’effluent rejeté dans les cours d’eau contient encore des traces de substances chimiques provenant, par exemple, des savons, shampoings et produits cosmétiques que nous utilisons et rinçons dans la baignoire.

On retrouve aussi des résidus de médicaments ou antibiotiques que notre corps n’a pas métabolisés et que nous rejetons dans les égouts par l’urine. Selon l’Action pour la protection de la santé des femmes, notre corps rejette entre 50 et 90 % des ingrédients actifs des médicaments.

Or, on a découvert que la présence, même à très faible dose, de certaines molécules pharmaceutiques dans l’eau du fleuve Saint-Laurent avait un impact sur la faune aquatique.

Quel danger pour l’environnement?

Cocktail pharmaceutique
Antidépresseurs, antiseptiques, pilules contraceptives, anti-inflammatoires, médicaments contre le cholestérol, l’hypertension, le cancer... « Toutes les substances qu’on trouve dans sa pharmacie peuvent potentiellement se retrouver dans les eaux usées, indique Sébastien Sauvé, professeur agrégé au Laboratoire de chimie environnementale de l’Université de Montréal. Par litre d’eau, les concentrations sont infimes, mais sur une année complète, on estime par exemple qu’une tonne de molécules actives d’antibiotiques sont rejetées chaque année dans le fleuve Saint-Laurent. »

D’après ses études, le professeur estime qu’une tonne de molécules actives d’antibiotiques sont rejetées dans le fleuve Saint-Laurent chaque année. C’est beaucoup, mais peu à la fois. Il faut en effet savoir que la station d’épuration des eaux de Montréal est une plus grosse au monde. En une journée normale, elle peut traiter l’équivalent d’un stade olympique rempli d’eau.

« Les molécules de médicaments que l’on peut détecter dans l’eau traitée sont le l’ordre de quelques nanogrammes par litre, poursuit M. Sauvé. Pour vous donner une idée de la concentration, c’est un peu comme un cube de sucre dilué dans un Stade olympique rempli d’eau. »

La présence de ces polluants n’est pas sans effet. Des impacts ont été documentés, notamment sur les petits poissons.

« Nos études sur l’effet des hormones féminisantes (oestrogènes) sur les petits poissons a démontré que des poissons mâles développaient des caractéristiques femelles (des ovaires, par exemple) lorsque les concentrations d’hormones dans l’eau sont de l’ordre de 0.5, 1 et 2 nanogrammes par litres », explique Daniel Cyr, chercheur à l’INRS-Institut Armand-Frappier.

Or, dans les effluents de la ville de Montréal, la somme des oestrogènes rejetée dans le fleuve était parfois de l’ordre de 150 nanogrammes par litre.

« Dans certaines zones, 35% des petits poissons mâles présentaient des caractéristiques de femelles (des ovaires). À long terme, si une population de poissons se féminise, elle ne se reproduit plus. Les petits poissons nourrissent les gros et, éventuellement, c’est toute la chaîne alimentaire qui en subit les conséquences. »

Les hormones détectées proviennent parfois des résidus de pilules contraceptives ou des médicaments pour la ménopause. Elles ont été métabolisées par le corps, mais pas totalement. Des résidus se retrouvent dans l’urine et dans les eaux usées. »

Et l’eau potable?
Si l’on retrouve des molécules de médicaments dans l’eau des cours d’eau, il est légitime de se demander si ces molécules se retrouvent aussi dans l’eau que nous buvons. « Oui, mais à très faible dose », répond Sébastien Sauvé.

Quant à savoir si ces doses peuvent avoir un effet sur la santé, il n’y a pour l’instant aucune démonstration à cet effet. « Il faut remettre les choses dans leur juste perspective, précise M. Sauvé. On pourrait comparer la quantité de médicaments dans l’eau potable avec la dose quotidienne du même médicament. La consommation d’eau du robinet pendant 70 ans, à raison de deux litres par jour, va équivaloir à environ 1% d’une dose d’anti-inflammatoire, par exemple. C’est infime.

Des solutions...
Peut-on réduire la quantité de médicaments rejetés dans les égouts? Bien sûr, on ne peut pas s’empêcher de prendre les médications quand on en a besoin, mais il y a une tendance à la surconsommation de médicaments. Selon l’Institut canadien d’information sur la santé, les dépenses en médicaments ont été de 30 milliards de dollars en 2009.

Par ailleurs, on ne devrait jamais jeter des médicaments périmés dans les poubelles ou dans la toilette, mais bien les ramener chez son pharmacien.

Mais surtout, il peut y avoir un effort supplémentaire dans le traitement des eaux usées pour s’assurer qu’on fait le maximum pour enlever les résidus de médicaments.

En ce moment, la station d’épuration à Montréal ne retire que certaines gammes de composes.

Elle veut innover en ajoutant un système d’ozonation dans les prochaines années. C’est un système de désinfection par l’ozone plus efficace que le système actuel.

« Selon les tests réalisés jusqu’ici, dit Daniel Cyr, les concentrations d’oestrogènes ont été baissées grâce à l’ozonation, mais pas totalement éliminées. De plus, l’ozonation retire certains composés, mais d’autres pourraient être activés à cause du procédé, des bactéries pourraient être transformées dont les effets sont méconnus. Encore ici, il y a beaucoup d’études plus poussées à réaliser sur cette technologie. Et beaucoup de questions restent en suspens en ce qui concerne l’effet combiné des différents polluants pharmaceutiques que l’on trouve dans l’eau du fleuve. »

Invités

Sébastien Sauvé, professeur agrégé au Laboratoire de chimie environnementale de l’Université de Montréal.

Daniel Cyr, chercheur à l’INRS-Institut Armand-Frappier.

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