Souliers écolos

Par Steve Proulx

Émission du 26 octobre 2010

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Si elle a tendance à vouloir se « verdir », l’industrie de la chaussure demeure polluante, notamment en raison des matériaux synthétiques utilisés dans la fabrication d’un soulier.

Or, certaines marques de souliers se disent « écologiques ». Le sont-elles vraiment?

Et au-delà de leurs aspects plus verts, ces souliers sont-ils confortables?

Nous avons demandé à expert marcheur, un facteur, de mettre à l’épreuve trois paires de souliers écologiques!

Le tour du soulier...
Le premier problème des chaussures, ce sont les matériaux avec lesquels ils sont fabriqués.

Une chaussure ordinaire est composée de 25% de cuir, de 17% de polyuréthane, de 16% de caoutchouc synthétique, de 14% d’éthylène-acétate de vinyle (EVA), de 8% de polychlorure de vinyle (PVC) et d’autres substances en plus faibles quantités.

En bref, ces matériaux génèrent plusieurs polluants. Le chrome (un métal lourd) est utilisé pour le tannage du cuir. Le polyuréthane génère des chlorofluorocarbures (CFC) et les colles relâchent des composés organiques volatils (COV).

Des solvants toxiques sont utilisés pour le traitement du cuir, des matériaux synthétiques, des colles. Et bien sûr, mis à part le textile, la vaste majorité des matériaux ne sont pas biodégradables.

En matière d’émissions de gaz à effet de serre et d’énergie dépensée pour produire un soulier, le fabricant Timberland a mené des études auprès de ses propres usines et a constaté, à sa grande surprise, que PLUS DE LA MOITIÉ de l’énergie utilisée (et des gaz à effet de serre émis) provenait de la production et de la transformation des matériaux bruts servant à fabriquer des chaussures.

L’autre dépense énergétique la plus importante provenait... de la vente au détail (l’éclairage, le chauffage des magasins).

Le deuxième problème avec les chaussures, c’est la surconsommation. On en achète beaucoup!

De 1990 à 2004, l’industrie mondiale de la chaussure a connu une croissance de 70%. En 2010, l’industrie devrait atteindre 20 milliards de souliers par année.

Ces énormes quantités, combinées à une durée de vie relativement courte d’une paire de souliers et à la quasi-absence de filière de recyclage pour les souliers génère évidemment énormément de déchets.

Notre test
Jean-Pierre Paquet est facteur depuis 4 ans. « Je fais 10 à 12 kilomètres de marche chaque jour pour faire ma ronde, dit-il. Ça use les souliers! » On lui a donc demandé de tester trois souliers dits « écologiques ». Il a dû marcher au moins 50 kilomètres avec chaque paire.

Les critères que nous avons évalués lors du test sont les suivants :

-Le confort
- La stabilité
- Le support
- Les signes d'usure (indice de la durabilité du soulier).

Nous avons testé trois marques de souliers.

Simple Shoes
Simple shoes est une compagnie de Santa Barbara (Californie) appartenant à Deckers Outdoor Corporation. Cette dernière commercialise aussi des souliers sous la marque Teva (sandales) et UGG). Simple Shoes est une marque qui mise beaucoup sur l’aspect écologique de ses matériaux. Mais il demeure des incertitudes en ce qui concerne l’aspect éthique. Les souliers sont fabriqués en Chine et aucune information n’est publiée concernant les conditions des travailleurs.

Caractéristiques du soulier :

1) toile, lacets et coutures en coton biologique certifié. L’agriculture biologique apporte un mode de culture qui respecte les sols et les individus.

2) semelle biodégradable (en 20 ans, selon le fabricant). Cela est rendu possible grâce à un additif baptisé Eco-Pure qui rend le caoutchouc biodégradable.

3) semelle extérieure faite caoutchouc naturel et de pneus recyclés. À partir d’un seul pneu, on peut fabriquer six paires de semelles pointure 9.

4) suède provenant de tanneries écocertifiées (BLC/ ISO 140001)

5) colle à base d’eau, et non pas de pétrole.

Veja
Entreprise française qui tente de réinventer l’industrie de la chaussure en misant sur trois principes :
1) privilégier les matériaux écologiques
2) utiliser du coton et du caoutchouc issus du commerce équitable
3) fabriquer des produits en respectant la dignité des travailleurs.

Son approche intégrée (matériaux verts/commerce équitable) et sa grande transparence en font une entreprise qui s’est vite taillé une excellente réputation de bon citoyen corporatif.

Caractéristiques du soulier

1) Toile (mais pas les lacets) en coton biologique (en conversion, certification en cours). La compagnie n’a pas assez de volume pour avoir des lacets en coton bio.

2) semelle contient entre 30% et 40% caoutchouc sauvage. C’est une façon de contrer la déforestation de la forêt amazonienne. Plutôt que de couper des arbres, on les exploite pour leur caoutchouc.

3) Soulier certifié équitable. Le caoutchouc est acheté à un prix juste payé à de petits producteurs du Brésil.

Souliers de liège Vegetarian Shoes
Vegetarian Shoes, comme son nom le suggère, commercialise des souliers fabriqués sans cuir, fourrure ou suède. C’est une PME britannique lancée en 1991 par Robin Webb. Celui-ci a commencé par recycler des pneus pour faire ses souliers. Aujourd’hui, l’entreprise offre différentes gammes de souliers. Son approche environnementale gagnerait à être précisée et approfondie, mais nous avons aimé l’usage du liège comme matériau.

Caractéristiques du soulier :
1) fait en liège véritable
2) le liège est aussi intégré dans le caoutchouc

Le verdict du facteur!
Après avoir essayé les trois paires de souliers, Jean-Pierre Paquet leur a attribué une note appréciative.

Simple Shoes 8.5/10
« Ils sont confortables, mais respirent moins bien que les souliers que je porte habituellement, qui sont en cuir, dit Jean-Pierre Paquet. Ils sont trop chauds pour de longues marches. Par contre, ils ont une très bonne stabilité, le support est bon et l’usure semble normale. Je leur donne un 8.5/10

« La semelle des Simple Shoes, en caoutchouc synthétique recyclé est intéressante parce qu’on récupère une matière à base de pétrole, dit Roger Laroche, conseiller en environnement. Il faut revulcaniser les granules de caoutchouc synthétique. L’impact est quand même assez fort. Par contre, du côté de la durabilité, c’est un bon choix. »

Veja : 3/10
« Ce soulier, dit Jean-Pierre Paquet, c’est comme une pantoufle. On sent le sol et les pierres sous le pied, car la semelle est très molle. L’épaisseur de la semelle, d’ailleurs, nous indique qu’elle sera rapidement usée. À mon avis, ce ne sont pas des souliers pour marcher... Pour aller au resto, peut-être. Je leur donne une note de 3/10.

« Ce qu’il y a d’intéressant avec la compagnie Veja, observe Roger Laroche, c’est qu’elle ne fait pas de publicité. Cela lui permet de proposer des souliers à des prix équivalents à celui des grandes marques alors que leur fabrication coûte de 7 à 8 fois plus cher. »

Vegetarian Shoes :
Jean-Pierre Paquet a été étonné par le look des souliers en liège, mais la qualité du soulier ne l’a pas convaincu. « Côté confort, dit-il, c’est bien, mais le soulier est vraiment trop chaud. Le liège ne respirait pas du tout. La stabilité est juste suffisante pour la marche en ville. La semelle est molle. Pour le support c’est confortable. Quant à la durabilité, le liège et ce type de semelle se détériorent habituellement assez rapidement. Par contre, le liège est très beau!

« On a très mal évalué la durabilité du liège et son impact environnemental, ajoute Roger Laroche. On n’aurait même jamais dû retirer le liège des bouteilles de vin. On a pensé que la ressource était menacée, ce qui est complètement galvaudé. Actuellement, on est en train de perdre nos forêts de liège. Des forêts de liège naturelles, sans intervention, il n’y en a à peu près pas. Ce sont toutes des forêts cultivées qui ont cependant un écosystème très particulier. Le problème, c’est que si on arrête d’utiliser le liège (dont l’exploitation n’a aucun impact quand c’est fait de façon intelligente), il n’y aura pas d’intérêt à maintenir ces forêts-là.

En conclusion, Jean-Pierre Paquet a apprécié son expérience et aimé les souliers écologiques. Il en porterait dans sa vie de tous les jours. Mais pas au travail. Côté technique, les souliers écologiques ne sont faits ni pour les longues marches... ni pour les facteurs.

INVITÉS

Jean-Pierre Paquet, facteur, Postes Canada.

Roger Laroche, conseiller en environnement.

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