La pollution sonore

Par Ariane Paré-Le Gal

Émission du 26 octobre 2010

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C’est une forme bien insidieuse de pollution puisqu’elle n’est pas visible, mais la pollution sonore a des effets si néfastes qu’elle est considérée comme un problème de santé publique par l’Organisation mondiale de la santé, en plus d’être reconnue une un élément perturbateur important pour la faune, et de contribuer à la perte de territoire paisible. Bien que les consommateurs n’aient pas d’emprise directe sur le trafic aérien, routier ou encore sur les chantiers de construction, nous avons pourtant le pouvoir de réduire la pollution par le bruit dans notre vie courante.

Les espaces paisibles sont de plus en plus rares et l’environnement sonore tend à se dégrader. Des experts évaluent que le bruit a doublé toutes les décennies depuis 1980. En effet, l’augmentation du parc automobile dont la croissance est 2 fois supérieure à celle de la population, la popularité grandissante des sports motorisés, l’apparition des outils mécanisés et la vie économique qui s’étend maintenant sur 7 jours sont autant de causes de pollution sonore.

Déterminer si on est en présence de pollution sonore
Un son acceptable atteint 30 dB dans la chambre à coucher la nuit, et 50 dB le jour. À 55 dB, un son devient gênant, et à 65 dB, inacceptable. Il faut savoir que le son double à chaque 3 dB, la différence se fait donc rapidement entendre. À titre comparatif, le son près d’une autoroute atteint 75dB, une discothèque, 105 dB et un avion au décollage, 140 dB.

Pour déterminer s’il y a pollution sonore, on doit tenir compte du volume, du type de bruit, de la période de la journée, et du contexte. Par exemple, un camion qui passe sur la rue en milieu urbain ne sera pas aussi dérangeant que s’il passe en campagne. Aussi, un son peut être faible, mais dérangeant : c’est le cas des bruits aigus comme les cillements et des basses fréquences émises par les éoliennes par exemple qui ont un pouvoir irritant élevé. Les bruits ponctuels, irréguliers, ou qui surviennent la nuit comme un aboiement, ou une portière qui claque ne sont pas nécessairement élevés, mais peuvent être dérangeants. Surtout, on doit tenir compte de ce qui est ressenti : à partir du moment ou un bruit gêne, dérange ou perturbe le bien-être normal, on est en présence de pollution sonore.

Les impacts du bruit sur la santé et l’environnement
Les impacts sur la santé du bruit comprennent l’augmentation du stress donc des risques de maladies cardio-vasculaires, des complications durant la grossesse, et des troubles de l’apprentissage, etc., et les troubles du sommeil, sans compter les risques de pertes auditives et d’acouphènes. D’ailleurs, l’Organisation mondiale de la santé publique estime que la pollution sonore constitue un problème de santé publique.

D’un point de vue environnemental, le bruit peut provoquer une perte du patrimoine sonore c’est-à-dire qu’il masque des sons naturels qu’on ne peut alors plus entendre, qu’il s’agisse du bruissement des feuilles, du son d’un oiseau ou d’une petite cascade. De façon plus générale, la pollution sonore détériore les lieux paisibles ou de villégiature. C’est le cas par exemple des boisés parcourus de pistes de motoneige ou des lacs où circulent beaucoup d’embarcations à moteur, ce qui a aussi pour effet de créer du stress chez les animaux et d’engendrer une perte de territoire pour la faune, ce qui peut avoir des conséquences sur la biodiversité.

La réglementation
Il n’y a pas de réglementation unique en matière de bruit : le transport aérien relève du gouvernement fédéral, le bruit routier sur les artères provinciales relève du ministère du Transport du Québec, et les villes ont juridiction sur le bruit de voisinage. Ainsi, dans un même quartier, les sources de pollution sonore peuvent être réglementées par 1 des 3 paliers de gouvernements. Imaginez comme c’est compliqué!

Il y a cependant des exemples de municipalités qui sont intervenues pour limiter la pollution par le bruit, que ce soit Granby ou Ville Mont-Royal qui ont interdit le bruit excessif le dimanche, Saint-André d’Argenteuil qui a installé des panneaux sur la route 138 invitant les motocyclistes à faire moins de bruit, ou la ville de Lorraine qui a déterminé une limite pour le nombre de dB émis à la source par les climatiseurs, les thermopompes et les filtreurs de piscine.

Diminuer la pollution sonore chez soi
Les citoyens qui sont victimes de pollution sonore doivent d’abord faire la démarche d’aller aux devants de ceux qui dérangent pour trouver un terrain d’entente, car bien souvent les responsables ne se rendent pas compte du tort qu’ils causent. Porter plainte auprès de la police ou de la municipalité est aussi un recours auquel les citoyens ont droit, mais si les municipalités ont des règlements en matière de bruit, elles n’ont pas toujours les moyens de les faire respecter.

D’un point de vue individuel, il faut prendre conscience que plusieurs gestes que nous posons peuvent contribuer à augmenter la pollution sonore. C’est une question de civisme que d’appliquer des mesures pour diminuer la pollution sonore à commencer par chez soi!
• On magasine souvent en fonction du look et du prix, rarement en fonction du bruit! Opter pour des appareils électroménagers moins bruyants pour diminuer le bruit chez nous. Le volume émis est parfois écrit sur l’étiquette (en sone ou en db), sinon, il faut demander au vendeur.
• Acheter des appareils qui fonctionnent à l’électricité plutôt qu’à essence (tondeuse, taille bordure, souffleuse) qui en plus de causer moins de bruit, pollue moins.
• Limiter l’utilisation d’air climatisé et opter pour un modèle mobile ou mural plutôt que ceux qui vont dans la fenêtre, plus bruyants;
• Protéger les thermopompes et les moteurs de piscine pour qu’ils émettent moins de bruit à l’aide de murets 2 fois plus larges et plus hauts que l’appareil, ou d’un cabanon.
• Acheter des pneus moins bruyants qui consomment aussi moins de carburant. Répondant à des normes nord-américaines ces « Green tire » sont disponibles chez presque tous les détaillants et ne coûtent pas plus cher que les marques régulières. Marques Pirelli, Michelin, Good Year etc.
• Faire preuve de civisme, ne pas faire d’activités bruyantes trop tôt ou trop tard et aviser les voisins si vous devez absolument faire du bruit.

L’Institut National de santé publique a été chargé d’écrire un avis sur le bruit pour le Ministère de la Santé. Le rapport n’a pas encore été publié, mais voici certaines pistes de solution envisagées : des zonages sonores pour protéger les différents milieux, une réglementation de base pour que les municipalités travaillent toutes à partir des mêmes données, et une harmonisation entre les 3 paliers de gouvernements pour que le problème soit plus facile à cerner, et à réglementer. D’ici à ce que le Québec et le Canada se dotent de politiques cohérentes en matière de bruit, il faudra s’armer de patience et baisser le volume!

Invités

Richard Martin, agent de recherche, direction de la santé publique de Chaudière-Appalaches, coordonnateur de l’avis sur la lutte contre le bruit et responsable de la rédaction du bulletin Tapageur .

Tony Leroux, audiologiste responsable de la recherche à l’institut Raymond-Dewar

Sujet : Polluer moins   Préserver la nature  

Liens utiles

Site de référence sur le bruit, supervisé par Tony Leroux

http://www.bruitsociete.ca

Regroupement contre le bruit

http://www.rqcb.ca

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