Des poules dans ma cour

Par Ève Beaudin

Émission du 9 novembre 2010

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En 2010, on a beaucoup entendu parler d’élevage de poules en milieu urbain. Mais avoir des poules dans sa cour, est-ce vraiment une bonne idée ? C’est ce que l’animateur Ricardo Larrivée a voulu savoir en se livrant à un test maison un peu particulier : élever quatre poules chez lui, en banlieue de Montréal.

Le test de Ricardo
Le test de Ricardo consistait à élever quatre poules dans sa cour, entre le mois de juin et d’octobre. Pour l’animateur adepte d’agriculture urbaine, avoir des poules et cultiver un potager est une bonne façon de prendre contact avec son alimentation. « On jette beaucoup parce que tout ça semble un peu irréel… », pense l’animateur.

Le poulailler et son entretien
Pour protéger ses poules des éléments naturels et des prédateurs, Ricardo a fait construire un petit poulailler, ainsi qu’un enclos. Il précise qu’il est important de respecter certaines règles : « la cabane ne dois pas toucher à terre pour deux raisons : pour protéger les poules des prédateurs et pour que les poules puissent s’abriter du soleil ». L’entretien de ce petit bâtiment n’est pas très exigeant. Une fois par semaine, il change la ripe de bois qui sert de litière dans le poulailler et racle la terre dans l’enclos.

L’alimentation des poules
Pour nourrir ses poules, Ricardo a acheté de la moulée pour poules pondeuses dans une meunerie. Il leur donne aussi des restes de tables comestibles, comme des feuilles de laitue flétries et des raisins un peu mous. « Tu donnes ça à tes poules et elles vont être heureuses », déclare Ricardo qui leur donne aussi du yogourt nature, un aliment santé que les poules apprécient beaucoup. Jean-Pierre Bonin, agronome au MAPAQ, précise qu’il est essentiel de donner une alimentation équilibrée et saine à ces animaux. « Une poule, c’est pas un composteur sur deux pattes », ajoute-t-il.

Les œufs
Les poules de Ricardo ont pondu en moyenne un œuf par jour. Selon Ricardo, c’est beaucoup d’œufs pour quatre personnes et il croit que deux poules seraient bien suffisantes pour sa famille. Selon la race, une poule pondeuse peut pondre entre 200 et 300 œufs par année.

Le verdict
Après cinq mois de test, Ricardo répond sans hésitations : avoir des poules en milieu résidentiel est une expérience viable. Mais attention : il faut être présent tous les jours, ce qui peut être très contraignant pour les agriculteurs urbains. « Il faut y penser. Si on n’est pas prêt à faire ça, ce n’est pas fait pour nous les poules », insiste Ricardo. De plus, il précise que les coûts engendrés par l’achat des poules et de la moulée, ainsi que la construction du poulailler rendent l’expérience peu rentable à court terme. Malgré tout, Ricardo a beaucoup aimé l’expérience et il pense déjà reprendre deux de ses poules à l’été 2011. « Je pense qu’elles sont avec nous pour longtemps », déclare-t-il.

Informations complémentaires

Un élevage illégal
Au Québec, la réglementation concernant la garde des petits animaux en milieu urbain relève des municipalités. Or, depuis les années 1960, la plupart d’entre elles ont interdit ces élevages dans les zones résidentielles. La plupart des propriétaires de poules, dont Ricardo, les détiennent donc de façon illégale. L’élevage de poules est généralement toléré, mais les éleveurs peuvent se voir forcés à défaire leurs installations en cas de plainte.

Agriculture urbaine & environnement
Pour Éric Duchemin, professeur associé, Institut des sciences de l’environnement, UQAM, l’élevage de poules en milieu résidentiel est d’abord et avant tout le symbole d’une réflexion globale sur la place de l’agriculture en milieu urbain. Pour lui, la poule a sa place dans cette agriculture de proximité, tout comme les potagers en ville, les arbres fruitiers sur la chaussée publique et les ruches sur les toits. Il rappelle que d’un point de vue environnemental, l’agriculture urbaine a beaucoup d’avantages : elle crée des îlots de verdure et des endroits poreux où l’eau de pluie est absorbée par le sol, elle ramène la biodiversité en ville, elle capte du carbone et crée des lieux pour utiliser le compost.

Ailleurs dans le monde
Des villes de grande taille comme New York, Chicago, Seattle et Vancouver, permettent l’élevage de poules en ville. Certaines ont des règlements très détaillés : le nombre de poules est limité à quatre, les coqs sont interdits, on doit faire l’élevage dans une cour (pas sur un balcon ou dans la maison), une certaine distance entre le poulailler et les voisins doit être respectée, etc. Avec ces mesures, on s’assure que les éleveurs urbains prennent soin des poules convenablement et que la cohabitation avec les humains est harmonieuse.

Des précautions importantes
Pour éviter les problèmes de santé, les petits éleveurs de poules doivent prendre des précautions. Les poules doivent rester dans le poulailler et l’enclos. Elles ne doivent pas avoir accès la maison. Les œufs doivent être lavés à l’eau savonneuse et séchés. L’eau et la nourriture doivent être servies à l’intérieur du poulailler pour que les animaux sauvages n’y aient pas accès.

Des poules en hiver
Au Québec, on peut garder des poules en hiver à condition que le poulailler soit un peu isolé. On doit aussi mettre une ampoule à infrarouges au-dessus de l’abreuvoir pour éviter que l’eau gèle.

Invités

Ricardo Larrivée
Animateur et « agriculteur urbain »

Éric Duchemin
Professeur associé, Institut des sciences de l’environnement, UQAM

Jean-Pierre Bonin
Agronome, MAPAQ

Informations complémentaires

La Fédération des producteurs d'œufs de consommation du Québec (FPOCQ)
La FPOCQ fournit sur demande un document Word intitulé « Producteurs d’œufs en milieu urbain ». On y retrouve dix conseils utiles pour ceux qui désirent élever des poules.
http://www.oeuf.ca/

Collectif de recherche sur l'aménagement paysager et l'agriculture urbaine durable (CRAPAUD)
À Montréal, le CRAPAUD a lancé une pétition à la fin juillet afin d'amener les élus de Montréal à se pencher sur la question de la cohabitation avec les poules et à tenir des consultations publiques à ce sujet. http://www.mapouleamontreal.com/petition.php

Remerciements

Ferme Guyon
http://www.fermeguyon.com/

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