Pollution par Internet

Par Steve Proulx

Émission du 9 novembre 2010

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On a tendance à associer Internet à de l’intangible, comme si les milliards de courriels, de photos et de vidéos que l’on s’échange sur le réseau des réseaux n’étaient que des données numériques. Du vent, en somme.

Or, l’infrastructure Internet est physique. Elle requiert des quantités monstres d’énergie et génère des gaz à effet de serre. Oui, naviguer sur le Web pollue.

Selon Google, une seule requête sur le moteur de recherche produit l’équivalent de 0,2 gramme de C02. Un millier de recherches sur Google polluent autant qu’une voiture roulant sur un kilomètre.

Un chercheur de Harvard, Alex Wissner-Gross, soutient qu’en général, surfer sur le Web génère 0,02 gramme... par seconde!

« On ne le réalise pas dans notre quotidien, mais chaque fois que l’on surfe sur Internet, il y a un impact environnemental, dit Éric Darier, directeur de Greenpeace au Québec. Les émissions mondiales des différents gaz à effet de serre, mesurées en CO2 équivalent pour le secteur des technologies de l'information et des communications, sont actuellement de 830 millions de tonnes métriques, ce qui est énorme. En comparaison, le total des émissions du Canada est de 747tm CO2eq par année. De plus, ces émissions connaissent une croissance de 6% par année. »

Trois éléments sont au cœur de ce qu'on peut appeler « la pollution par Internet ».

Le premier, ce sont les ordinateurs et leurs périphériques que l'on possède à la maison. Ils utilisent 1% de l'électricité d'une maison.

Le deuxième, c'est l'infrastructure de télécommunications. Les « routeurs » qui gèrent le trafic sur Internet et nous permettent d'acheminer l'information du point A au point B.

Le troisième, ce sont les centres de données. Ce sont de gigantesques entrepôts de serveurs, d'ordinateurs, comme ceux opérés par Google, Apple, Microsoft, Facebook, etc., et qui stockent de l'information, ou des applications que l'on utilise en ligne ou à distance. Ces centres de données ont besoin d'être alimentés et climatisés, ce qui requiert de l'énergie.

En quoi les centres de données sont-ils polluants?

« Les grandes sociétés Internet construisent souvent leurs centres de données proches des sources d’énergie disponibles, explique Éric Darier. Et quand on parle de sources d’énergie disponibles, aux États-Unis, on parle de charbon et de nucléaire. »

Par exemple, Microsoft, en Illinois, possède un centre de données de 700 000 pieds carrés
(soit 9 terrains de football) qui est alimenté à 72,8% de charbon et à 22,3% de nucléaire.

Un réseau plus vert
Est-il possible d’avoir un réseau Internet plus vert? Absolument, répond Mohamed Cheriet, professeur à l’École de technologie supérieure. Un bon point de départ serait d'alimenter l'infrastructure Internet à l'aide d'énergies renouvelables et de pouvoir acheminer les services Internet, par exemple Facebook ou Google, vers des centres de données verts.

C’est ce que le professeur Cheriet tente avec le projet GreenStar Network, piloté par l'ÉTS. «Nous voulons alimenter les différentes composantes qui constituent un réseau Internet à l'aide de sources d'énergie renouvelables, ce qui réduira les émissions de carbone », indique-t-il.

En somme, un réseau complètement alimenté par l’énergie verte, relié par fibre optique, capable de transporter les services Internet selon le principe : ¨suivre le soleil, suivre le vent.

« Ainsi, disons que vous regardez à partir d’Internet un épisode de La vie en vert, qui est téléchargé d’un centre de données basé à Calgary et alimenté à l’éolienne. S’il manque de vent à Calgary, on aurait un système qui, sans que vous vous en rendiez compte, vous brancherait sur un autre centre de données basé à Ottawa, où l’énergie solaire est disponible. »

Ce réseau intelligent pourrait mieux gérer le trafic Internet vers les centres de données, en fonction de l’énergie « verte » disponible.

Jusqu’à présent, la majorité des centres de données alimentés par l’énergie verte ainsi que les institutions partenaires sont maintenant connectés au réseau cœur de GreenStar Network.

Par ailleurs, une première version du logiciel assurant la gestion et le déploiement de serveurs permet de visionner l’emplacement des serveurs « verts », qui sont répartis géographiquement, d’avoir une idée de la quantité d’énergie renouvelable consommée et d’exécuter des actions comme allumer, éteindre et migrer un serveur d’un site à un autre.

Et nous?
À la maison, peut-on faire quelque chose pour réduire l’empreinte écologique d’Internet?

« Évidemment, l’impact de l’internaute reste limité, dit Éric Darier. On ne peut pas savoir si les services Web que l’on utilise sont hébergés dans des centres de données alimentés, par exemple, au charbon. Ce que l’on peut faire par contre, c’est demander des comptes aux compagnies avec lesquelles on fait affaire, à l’aide d’un simple courriel. On peut penser que ce genre d’action est inutile, mais c’est faux. Grâce à la pression populaire, plusieurs entreprises du secteur de l’électronique font maintenant des efforts pour offrir des produits moins nocifs pour l’environnement.

Collectivement, on peut changer la couleur du Web…

Dans une perspective plus large, le Québec serait aussi un bel endroit pour construire des centres de données « verts ». « Au Québec, on a de l’électricité propre, l’hydro-électricité, et on a des surplus énergétiques au moins jusqu’en 2023, dit M. Darier. Pourquoi le Québec n’aurait-il pas une stratégie industrielle pour avoir certains de ces centres de données ici? Il faut des techniciens, du personnel. On a des gens experts en informatique. On pourrait créer beaucoup d’emplois techniques dans ce domaine. »

Pourquoi pas!

INVITÉS

Éric Darier, directeur de Greenpeace au Québec

Mohamed Cheriet, professeur à l'ÉTS et porte-parole du projet GreenStar

Sujet : Polluer moins  

Liens utiles

Rapport de Greenpeace sur la pollution par Internet

http://members.greenpeace.org/blog/greenpeaceusa_blog/2010/02/23/title_1208

Site du projet GreenStar Network

http://www.greenstarnetwork.com/fr

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