Les grillons

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Mise en contexte
Au Canada, une personne mange en moyenne 200 grammes de viande par jour. Annuellement, cette quantité représente une consommation de viande équivalente à un peu plus de 73kg.

Les produits d’élevage représentent un tiers de la consommation de protéines de la population mondiale. Selon la FAO, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, le réchauffement climatique est le plus grand défi que doit affronter la race humaine et le secteur de l’élevage y joue un rôle majeur, car il est responsable de 18% des émissions de gaz à effet de serre (éq.de CO2). C’est plus que ne polluent les transports. Et il est prévu que la production mondiale de viande augmente de plus du double en 50 ans, passant de 229 M de tonnes (1999-2001) à 465 millions de tonnes en 2050.

Des grillons sous la dent
Pour diminuer notre impact environnemental, devrons-nous nous convertir en végétarien, en flexitarien*, ou adhérer aux Lundis sans viande? La réponse la plus surprenante à cette question provient de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture : il faut manger des insectes comestibles !

L’élevage de grillons domestiques (Acheta domesticus), du ténébrion meunier (Tenebrio molitor) et d’autres insectes comestibles se présente à nous comme une « nouvelle » alternative à la consommation de la viande. Cette option pourrait en effet devenir une solution pour diminuer notre empreinte écologique liée à notre consommation de protéines. Manger des insectes ? Plus de 2,5 milliards de personnes le font déjà quotidiennement ! Et quelques 1700 espèces d’insectes seraient comestibles.

Nous avons rencontré Madame Marjolaine Giroux, entomologiste à l’Insectarium de l’Espace pour la Vie. Elle nous a présenté tous les avantages liés à la consommation d’insectes. Manger des insectes comestibles serait, selon elle, bon pour la santé, riche en protéines et allègerait le bilan environnemental.

Les insectes étant des animaux à sang froid, leur taux de conversion en denrées alimentaires est élevé. Ainsi, les grillons ont besoin de manger six fois moins de nourriture que les bovins, quatre fois moins que les moutons, et deux fois moins que les porcs et les poulets pour produire la même quantité de protéines.

Ils émettent moins de gaz à effet de serre que le bétail traditionnel. Le méthane, par exemple, n'est produit que par quelques insectes comme les termites et les blattes. Et dans de nombreux cas, les insectes peuvent être élevés à partir de déchets organiques.

De plus, le rendement en viande après transformation est beaucoup plus élevé pour les insectes. Dix kilos de végétaux permettent ainsi de produire six à huit kilos d'insectes, contre un unique kilo de viande...

Est-ce que des fermes d’insectes remplaceront un jour les fermes de bovins?
Quelle belle image non ? Mais une perspective peu probable pour l’instant. Pourtant, dans le livre Des insectes à croquer, on peut lire que « (…) dans une perspective de développement durable, il serait beaucoup plus intéressant d’établir des élevages domestiques ou même des élevages industriels d’insectes que des fermes de bovins, par exemple. » Au Québec, Monsieur Robert Kok, un chercheur de l'Université McGill, a consacré des années de recherches à l’implantation d’un processus de production de masse d’insectes. Il a déjà mis au point une ferme d'élevage d'insectes dans le but de prouver qu’il serait possible d’éliminer la famine en produisant des protéines d’insectes sur une base industrielle. Aux Etats-Unis, la NASA a étudié cette option pour nourrir les astronautes lors de leurs séjours dans l'espace.

Selon plusieurs experts, la consommation d’insectes dans nos pays entraînerait des développements économiques importants, notamment au niveau des élevages d'espèces très en demande, comme le grillon domestique et le ténébrion meunier. Ils arriveront peut-être un jour sur nos tablettes sous forme de poudre protéinée…

En attendant, l’élevage maison de grillons domestiques et d’autres insectes comestibles est possible. Vous n’avez qu’à suivre les indications sur la fiche réalisée par l’Insectarium et faire le plein de courage ! J’aimerais sincèrement vous inviter à me contacter si vous réussissez à faire éclore des œufs de grillons. Après plus d’un mois d’essais et d’erreurs, je n’ai pas réussi, mais je garde espoir…

Vision complémentaire
J’aimerais conclure avec un paragraphe très inspirant du livre Des Insectes à croquer, qui nous invite à changer notre perception des insectes « nuisibles » :

« (…) un grand nombre d’espèces comestibles causent des dommages aux cultures. Pourquoi ne pas prendre l’habitude de les manger plutôt que de les noyer sous les pesticides. S’ils encourageaient la récolte manuelle de ces insectes ou le recours à des équipements simples, les grands producteurs agricoles et les gouvernements pourraient créer une nouvelle source de revenue pour les populations pauvres. Sur le plan écologique, le profit d’une telle activité serait double : on instaurerait une forme de lutte intégrée des insectes nuisibles en milieu agricole, tout en procurant à la population un aliment nutritif, souvent disponible à profusion. »

On dirait un scénario de film… et cet extrait date de 15 ans !
À quand le jour où nous mangerons des grillons domestiques, pour le mieux-être de la planète ?

* Un flexitarien est un végétarien qui s’autorise à manger de la viande de temps en temps.

INVITÉ
Marjolaine Giroux, entomologiste, Insectarium de Montréal

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