Fuites d’eau

Par Paul Journet

Émission du 31 janvier 2012

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Montréal figurait au dernier des villes canadiennes les plus vertes dans un palmarès de la prestigieuse revue The Economist, en 2011. La principale raison : ses fuites d’eau. On estime que le tiers de l’eau potable produite à Montréal se perd en fuites. C’est le pire taux des grandes villes canadiennes. À titre de comparaison, seulement 4% de l’eau est perdue en fuite à Calgary. On calcule que les Québécois consomment près de deux fois plus d’eau que la moyenne canadienne, mais ces chiffres sont gonflés par les fuites.

La mauvaise performance de Montréal s’explique par la vétusté du réseau. Certains conduits datent de plus de 100 ans. On estime que les deux tiers du réseau sont périmés ou sur le point de le devenir. Le vice-président du comité exécutif de la Ville de Montréal, Richard Deschamps, accuse aussi les administrations précédentes. Selon lui, le réseau était sous-financé dans les années 90. On investissait environ 12,5 millions par année pour rénover les conduites d’eau.

En 2004, Montréal s’est dotée d’un Fonds de l’eau. Le problème devenait critique. En 2003, un tiers des conduites avaient atteint leur fin de vie, et un autre tiers allaient l’atteindre dans les 30 prochaines années. On prévoyait des investissements de 4 milliards sur 20 ans pour moderniser les infrastructures (10 milliards en incluant les coûts en main d’œuvre). En 2012, l’administrationTremblay doit investir 400 millions dans le réseau d’aqueduc.

Malgré ces sommes, le travail sera difficile. Montréal est une des villes où il est le plus difficile de détecter une fuite d’eau, soutient Marc Ranger, inspecteur de fuites d’eau à l’arrondissement Ville-Marie. On détecte les fuites d’eau à partir du bruit qu’elles émettent. C’est difficile à Montréal pour deux raisons : le bruit du tintamarre urbain et la couche de gelée qui absorbe les bruits.

Il faut distinguer les fuites spectaculaires, où l’eau jaillit à grand débit à la surface, des bris de conduites, où l’eau s’écoule à plus faible débit. Mais ces bris sont importants, car comme ils sont difficiles à déceler, ils peuvent prendre longtemps à être détectés, ce qui occasionne de grandes pertes. Environ 300 fuites ou bris sont détectés chaque année à Montréal. Il y en a beaucoup dans le centre-ville, où les tuyaux sont plus vieux et endommagés, et où la demande est plus grande, à cause des nombreux hôtels et commerces.

Montréal devra diminuer ses fuites d’eau pour atteindre les cibles annoncées au printemps 2011 par le ministre des Affaires municipales du Québec, Laurent Lessard. Dans sa nouvelle politique de l’eau, Québec demande aux citoyens de diminuer leur consommation d’eau. Mais pendant ce temps, d’énormes quantités d’eau continuent de fuir, ce que déplore Martine Châtelain, présidente d’Eau secours.

INVITÉS

Martine Chatelain, présidente, Eau Secours

Marc Ranger, agent technique en aqueduc et drainage, Ville de Montréal

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