Emballages verts

Par Paul Journet

Émission du 7 février 2012

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Acheter vert est maintenant plus facile au Québec. Recyc-Québec a lancé en janvier une nouvelle certification sur les produits faits à partir de contenu recyclé, et le ministère du Développement économique planche sur un projet qui permettra d’afficher l’empreinte carbonique des produits.

La nouvelle certification sur le contenu recyclé se nomme RECYC ECO. Elle est volontaire. Les entreprises peuvent faire une demande de certification. Des inspecteurs se rendront ensuite sur place pour vérifier si le produit est bel et bien fait à partir de contenu recyclé. L’entreprise en assumera les frais.

Avant cette norme, rien ne permettait de vérifier si les prétentions d’un produit étaient fondées. On y voyait souvent la boucle de Mobius - les trois flèches qui symbolisent le recyclage. Mais il n’y a pas de contrôle sur l’utilisation de ce logo. Pour ajouter à la confusion, il peut référer à deux choses : un produit recyclable ou un produit fait à partir de matières recyclées. Auparavant, Recyc-Québec misait sur un répertoire volontaire des produits québécois recyclés. Aucune vérification n’était faite. Le nombre total d’entreprises inscrites en 2009 était de 195.

Cela ne permettait pas de contrer l’éco-blanchiment, un problème qui est très répandu selon un rapport de Terra Choice publié en 2007 et mis à jour en 2010. On y apprend que le nombre de publicités vertes a presque triplé entre 2006 et 2009. Elles représentaient environ 10% du nombre total d’annonces publicitaires en 2009. Mais en Amérique du nord, sur un bassin de plus de 2200 produits dits verts, 98% ne respectaient pas l’ensemble des principes de l’éco-étiquetage, tel que définis par l’ONG. On notait quand même une légère amélioration. La proportion de produits sans éco-blanchiment en Amérique du Nord est passée de moins de 1 % en 2007 à environ 2 % en 2009, puis près de 5 % en 2010.

Recyc-Québec a aussi commandé à la firme Secor une étude qui abonde dans le même sens. Le processus d’éco-étiquetage des entreprises manque de « rigueur » et de contrôle, y apprend-on. On dénonce les «assertions écologiques abusives ». L’éco-blanchiment est particulièrement présent dans les secteurs où il n’y a pas d’acheteurs institutionnels et où les achats ne sont pas standardisés, explique Jérôme Cliche de Recyc-Québec. Le problème est moins important avec les fournitures de bureau et les matériaux de construction.

Il existe un seul encadrement légal pour l’éco-blanchiment : la Loi fédérale sur la concurrence. Elle stipule que nul ne peut faire d’allégations trompeuses. Après la publication du premier rapport de Terra Choice en 2007, le Bureau de la concurrence du Canada avait resserré ses exigences. Le processus reste toutefois complexe: il faut déposer une plainte et accumuler de la preuve.

Le problème n’était donc pas réglé. Au Québec, 72% des consommateurs disent ne pas comprendre les différences entre les différents symboles se rapportant à la certification des produits verts. Mais ce n’est pas parce que le sujet ne les intéresse pas. Au contraire, la demande reste forte. Selon un sondage réalisé au Québec en 2009 par CROP, 78% des répondants disent éviter l’utilisation de services ou de produits d’entreprises qui ont une piètre performance environnementale. Il s’agit d’une hausse de 33% depuis 2008. En 2009, 72% des acheteurs corporatifs indiquaient que leur organisation avait implanté une politique formelle (29 %) ou informelle (43%) d’achats verts. Il faut tout de même relativiser. Les facteurs environnementaux ne sont pas prioritaires dans les décisions d’achat. En 2009, ils influençaient moins de 10% des budgets de 42% des acheteurs corporatifs.

RECYC ECO s’inspire de certifications déjà reconnues, comme le Forest Stewardship Council (FSC) pour les papetières. De 2005 à 2010, le nombre de fournisseurs au Canada de produits de bois certifiés FSC a connu une forte hausse: d’une cinquantaine de fournisseurs en 2005 jusqu’à 400 en 2010. Durant la même période, le nombre d’imprimeurs canadiens certifiés FSC a augmenté de plus de 5000%. Autres exemples : LEED, Energy Star, Ecologo, BioQuébec, FairTrade, etc.

Quant au projet d’affichage de l’empreinte carbonique, Québec s’inspire entre autres d’un projet similaire qui existe déjà en France. Deux objectifs sont visés : outiller les consommateurs pour choisir les produits avec une empreinte plus faible et favoriser les produits québécois. En effet, grâce au transport limité et à l’hydro-électricité, les produits québécois se démarqueront par leur empreinte carbonique généralement plus faible que celle de leurs concurrents. Cette mesure avait été annoncée dans le budget 2010 du ministre des Finances, Raymond Bachand. On estimait à 24 millions $ le coût de son implantation.

INVITÉS

Jérôme Cliche, agent de développement industriel, RECYC-QUÉBEC

Sujet : Consommer mieux  

Liens utiles

RECYC-QUÉBEC

http://www.recyc-quebec.gouv.qc.ca/

Les péchés de la mascarade écologique par terrachoice

http://sinsofgreenwashing.org/?dl_id=105

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