Élargir la consigne

Par Steve Proulx

Émission du 6 mars 2012

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La consigne sur les bouteilles de bière et de boissons gazeuses au Québec existe depuis 1984. Et ça fonctionne!

Au Québec, la récupération des bouteilles de bière brunes atteint un taux de 95% à 98%. Ces bouteilles sont rapportées, lavées, stérilisées et réutilisées jusqu'à 15 fois. Par ailleurs, le taux de récupération est de 80 % pour les canettes de boissons gazeuses, et de 70% pour les bouteilles de boissons gazeuses en plastique.

Devant un tel succès, certains croient qu'il est temps d'élargir la consigne à d'autres types de contenants : les bouteilles de vin, les bouteilles d'eau, les bouteilles de jus, et pourquoi, pas les cartons de lait.

Cela se fait ailleurs. En Alberta, les contenants de lait sont consignés. Les bouteilles de vin, quant à elles, sont consignées en Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick, à Terre-Neuve, sur l'Île-du-Prince-Édouard, au Yukon, en Alberta, dans les Territoires du Nord-Ouest et en Colombie-Britannique.

Au Québec, cependant, c'est la voie de la collecte sélective qui semble être privilégiée par le gouvernement du Québec. Au grand plaisir de l'industrie alimentaire et des détaillants, qui souhaiteraient, eux, que la consigne disparaisse. D'autant plus qu'en 2013, ceux-ci devront défrayer 100% des coûts de la collecte sélective, en vertu de la Loi sur la responsabilité élargie des producteurs.

La collecte sélective est de plus en plus efficace, certes. Mais à l'heure actuelle, la consigne permet encore de récupérer plus de matières que le fameux bac vert (ou bleu). « Sur tous les contenants non consignés vendus, 45% seulement se retrouvent au bac vert et sont en fin de compte recyclé », dit Marie-Michèle Paul, responsable des communications au Front commun pour une gestion écologique des déchets. Cet organisme environnemental milite pour un élargissement de la consigne au Québec.

« Le système de la consigne est reconnu comme étant efficace », dit Normand Bisson, directeur Finances et opérations de Boissons gazeuses Environnement (BGE), organisme qui gère la récupération des bouteilles et canettes de boissons gazeuses consignées au Québec. « L'avantage de la consigne, explique-t-il, c'est qu'il n'y a à peu près pas de pertes de matières. L'aluminium que l'on reçoit des canettes est recyclé à 100 %. Il n'y a pas de « contaminants » dans les ballots, comme du plastique ou du verre. Avec la consigne, il y a déjà un tri à la source qui est fait. »

C'est là un net avantage par rapport à la collecte sélective, où l'on peut retrouver dans le bac vert toutes sortes de matières. De plus, lors du transport, les bouteilles de verre risquent de se casser, rendant son recyclage beaucoup plus difficile. « Un ballot de plastique contaminé par le verre perd beaucoup de sa valeur », ajoute Marie-Michèle Paul.

Tout au bac vert!

Ces arguments ne convainquent pas l'industrie de l’embouteillage, qui lutte contre l'élargissement de la consigne au Québec. Elle veut démontrer que la collecte sélective est un meilleur système. Maryse Vermette, d'Éco Entreprises Québec, est la porte-parole des entreprises qui mettent en marché des emballages et des imprimés.

« Ces entreprises doivent déjà payer pour la collecte sélective organisée par les municipalités, dit-elle. La collecte sélective est un système implanté au Québec depuis une vingtaine d'années. Il a fait ses preuves et atteint d'excellents taux de récupération... En 2010, on était rendu à un peu plus de 68%. Pour certains types de contenants, les taux sont assez phénoménaux. Par exemple, les bouteilles de vin sont rendues à 93%! Cela veut dire qu'au Québec, 93% des bouteilles de vin achetées vont au recyclage via la collecte sélective. Cela démontre que le bac vert a atteint un beau niveau de maturité. »

Toujours selon Mme Vermette, élargir la consigne reviendrait à retirer une matière de la collecte sélective. « Les centres de tri auront donc une matière de moins à gérer, dit-elle. Ce qui se traduira par moins de revenus... Moins de revenus, donc moins d'argent pour investir dans des équipements plus sophistiqués qui permettront de mieux trier les matières recyclables! »

« Le système de collecte sélective, si on veut qu’il continue à s'améliorer, il faut arrêter de le cannibaliser, ajoute-t-elle. Chaque fois qu'on annonce qu'on pourrait retirer une matière du bac de récupération, cela crée de l'incertitude. Les centres de tri hésitent avant d'investir dans de nouveaux équipements. Cela fait en sorte que le système n'est pas optimisé. »

*

On le constate, le débat entre la consigne et la collecte sélective est complexe et semble loin d’être résolu. Marie-Michèle Paul conclut : « L'objectif général est de réduire la matière qui se retrouve à l'enfouissement, et la consigne est le meilleur moyen d'y parvenir. »

Maintenant, cette réalité perdurera-t-elle?

« À l’heure actuelle, le système de consigne a encore des taux de récupération plus élevés que la collecte sélective, dit Normand Bisson. Mais cela se pourrait très bien que, dans quelques années, l'efficacité des centres de tri augmente pour dépasser celle de la consigne. »

En attendant, on fait quoi?

INVITÉS

Marie-Michèle Paul, responsable des communications, Front commun pour une gestion écologique des déchets

Maryse Vermette, présidente, Éco Entreprises Québec

Normand Bisson, directeur Finances et opérations, Boissons gazeuses Environnement (BGE)

Sujet : Réduire / Recycler / Réutiliser  

Liens utiles

Normand Bisson, directeur Finances et opérations de Boissons gazeuses Environnement (BGE).

http://www.fcqged.org

Éco Entreprises Québec

http://www.ecoentreprises.qc.ca

Boissons gazeuses Environnement (BGE)

http://www.bge-quebec.com

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