Fermes Lufa

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C’est à deux heures du matin, en observant Montréal sur le site internet Google Earth, que Mohamed Hage a rêvé de sa serre. Dans son esprit, cette image de la Ville, avec tous ses toits déserts, lui est apparue comme une oasis d’agriculture urbaine. Cinq années de recherche et d’analyse plus tard, la serre des Fermes Lufa est devenue la première serre commerciale urbaine sur un toit au monde.

Construite sur un bâtiment industriel dans Ahuntsic-Cartierville, la serre, d’une superficie de 31 000 pi2, est à la fine pointe de la technologie. À l’intérieur, tout est automatisé selon les besoins spécifiques de chaque plante, grâce à la technologie informatique. On peut contrôler la température, les niveaux de lumière et l'humidité. En hiver, l’énergie du bâtiment sur lequel elle est posée est réutilisée pour chauffer la serre. Comme le dit Mohamed : « À l’intérieur, en hiver, c’est le climat de Boston ». Pendant les nuits froides d'hiver, les serres sont chauffées grâce au gaz naturel. Mais pour minimiser l’usage de cette énergie, des rideaux thermiques sont déployés pour conserver la chaleur. L'été, des ouvertures pratiquées sur le toit diminuent la température de l'édifice.

La neige et l’eau de pluie qui tombent sur la serre sont récoltées et circulent ensuite dans un système d'irrigation. Ce système permet d’économiser jusqu’à 50% de la consommation d’eau nécessaire à l’arrosage.

Même l’immeuble sous les serres bénéficie de cette présence!

La serre sur le toit augmente l’isolation de l’immeuble et son efficacité énergétique. À ce jour, l’immeuble aurait économisé entre 25 et 30% de son énergie normalement consommée pour le chauffage.

Toutes les pratiques préconisées par Mohamed Hage et son équipe ont pour mérites de réduire la pollution et le gaspillage, mais aussi de maximiser la valeur nutritive des plantes cultivées. Chez Lufa, on cultive 40 variétés de fruits et légumes, dont des fraises, concombres, tomates, poivrons, laitues et fines herbes. Ils ont mûris à point sur le plant, ils sont cueillis à 5h le matin, emballés à 7h30, puis livrés à 13h.

Il faut savoir qu’en Amérique du Nord, les aliments parcourent en moyenne 2 500 kilomètres du lieu de production à notre assiette. Ces kilomètres alimentaires ont un impact environnemental très important.1

« Et quand une tomate arrive du Mexique, puisqu’on la coupe trop tôt sur le plant, la tomate n’a pas eu la chance de former toutes ses vitamines. Rendue ici, on consomme l’équivalent de la moitié de la valeur nutritive de la tomate. C’est comme si on mangeait une demie-tomate. Un autre gaspillage » m’explique Mohamed.

Les légumes des Fermes Lufa voyagent tout au plus durant 3 heures, dans un rayon maximal de 15 kilomètres ! Lufa se déplace dans 43 points de chute, sur les lieux de travail de ses clients. Ces légumes ne voient jamais un frigo. « Ce n’est pas du local, c’est de l’hyper local . Livrer mes légumes avec mon camion, ça me coûte 15$ d’essence par jour! » affirme Mohamed, factures à l’appui.

Les Fermes Lufa ont débuté en distribuant 300 paniers. Aujourd’hui, elles en distribuent plus de 800. Elles agissent également comme intermédiaire, en offrant une sélection de légumes de saison biologiques et cultivés localement au Québec, ainsi que d'autres produits naturels comme le miel. Ces produits biologiques proviennent de producteurs maraîchers de la Rive-Sud, de la Rive-Nord, de la Montérégie ou des Laurentides.

Produire en cohérence avec Dame Nature

Quatre ruches de bourdons sont dispersées dans les allées de tomates pour la pollinisation. Dame nature est à l’œuvre et on peut l’observer partout dans la serre. Et on pratique la lutte biologique pour aider la nature à combattre les organismes nuisibles. On trouvera des insectes prédateurs pour se débarrasser des pucerons par exemple. De cette façon, on n’utilise aucun pesticides, ni fertilisants, ni fongicides chimiques! Ces insectes arrivent par la poste directement des États-Unis!

Le futur

Lufa s’est associée au promoteur Montoni. Ce partenariat avec un expert des parcs industriels mènera au développement de bâtiments industriels certifiés LEED, qui accueilleront de nombreuses serres commerciales. Les opérations devraient débuter dès l’été 2012.

Les prochaines installations seront de quatre à cinq fois plus vastes que la première serre, soit entre 80 000 et 120 000 pieds carrés. En bout de ligne, elles devraient fournir des paniers à quelques 5000 familles.

« En dix ans, avec ce promoteur, on pourrait créer 20 millions de pieds carrés de serres sur les toits! Ce qui permettrait de « nourrir » 1,3 millions de personnes à Montréal, avec 5 variétés de légumes! Vous imaginez l’impact tant du point de vue de la fraîcheur des aliments que sur le bilan carbone des kilomètres alimentaires ». Mohamed voit grand, il voit loin, et tout semble clair dans sa tête!

Informations complémentaires
Un projet semblable à celui des serres Lufa, mais deux fois plus petit en superficie, existe à New York. Gotham Greens est une serre hydroponique, logée sur un toit. Elle offre ses légumes et ses herbes aux supermarchés de la Ville, depuis juin 2011.

INVITÉ

Mohamed Hage, fondateur et président, Fermes Lufa

1. L’envers de l’assiette, Laure Waridel, édition écosociété, 2010, p.44

Sujet : S’alimenter   Tendances et enjeux  

Liens utiles

Les Fermes Lufa

https://lufa.com/

Koppert

http://www.koppert.fr/

Groupe Montoni

http://www.groupemontoni.com

Gotham Greens (en anglais)

http://gothamgreens.com/

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